Argent sain, crédits et création monétaire
L’argent sain est la condition nécessaire à la croissance. C’est le premier pilier des Reaganomics selon l’expression utilisée par Arthur Laffer, idée partagée par les business économistes Démocrates comme Robert Rubin ancien ministre de l’économie de Bill Clinton.
L’argent est sain aux Etats-Unis car la Fed et beaucoup d’économistes y veillent jalousement.
Il n’y a pas de dérapages monétaires et les Américains gèrent très bien leur argent.
Ainsi par exemple, l’agrégat monétaire M1 fluctue entre $1 360 et $1 380 milliards soit moins de 10 % du PIB nominal, ce qui signifie que les Américains dépensent et placent très rapidement leurs revenus en laissant le moins possible d’argent inactif sur leurs comptes courants : $600 milliards seulement, soit 4,5 % du PIB.
Compte tenu des règles prudentielles habituelles, les banques n’utilisent quasiment pas cet argent pour le prêter.
Les prêts bancaires sont réalisés à partir de dépôts à terme.
Les diverses institutions bancaires, les banques pour simplifier en reprenant les termes de Ben Bernanke, ne font que jouer sur les échéances des dépôts pour assurer l’adéquation entre l’offre et la demande, ce qui est leur travail normal comme l’a précisé jadis Alan Greenspan.
Il n’en est pas de même dans la zone euro où M1 se monte à €3 800 milliards soit 43 % du PIB.
Les Euro-zonards gèrent mal leur argent en laissant des sommes considérables sur leurs comptes courants sans les placer eux mêmes. Cependant, les banques le font à leur place : elles prêtent une partie de ces dépôts à vue en respectant elles aussi les règles prudentielles habituelles, ce qui permet au système financier de mieux fonctionner globalement, sans création monétaire.
En effet, l’argent (en M1) qui n’est pas utilisé par les Euro-zonards ne circule pas. Il est donc inerte, inutilisé, hors circuit en quelque sorte.
Les banques ne font que le remettre en circulation pour assurer les besoins de leurs clients.
Par contre une création monétaire considérable a lieu dans la zone euro à partir des engagements de retraite qui ne sont pas comptabilisés.
La SNCF donne un exemple très clair de ce problème : les clients paient leurs billets, le chiffre d’affaires (environ €20 milliards) couvre les dépenses (admettons…) dont les charges de personnel, mais pas les engagements de retraite.
En effet, les salariés de la SNCF reçoivent en plus de leur salaire la promesse de percevoir ultérieurement une pension de retraite. Ils ont donc des créances.
D’après les règles comptables IFRS toute créance doit être enregistrée au moment où elle prend naissance, avec sa contrepartie qui est soit une provision, soit une dette.
D’après les comptes publiés par la SNCF, la dette concernant les engagements de retraite des salariés se montait à une bonne centaine de milliards d’euros au 30 juin 2007.
Or, cette dette a été supprimée (ce qui est totalement contraire à toute règle comptable !) et elle n’apparaît nulle part ailleurs en tant que dette.
C’est de l’argent non gagné, pour reprendre l’expression utilisée en particulier par Charles Gave, qui se trouve ainsi dans la masse monétaire de la zone euro.
L’argent aurait été sain dans la zone euro si cette dette n’avait pas existé, c’est à dire si les clients de la SNCF avaient payé leurs billets au moins deux fois plus cher qu’ils ne l’ont fait, mais dans ces conditions, ils n’auraient pas pris le train, mais l’avion ou leur voiture pour se déplacer, comme les Américains.
En France, les engagements de retraite ne sont pas comptabilisés, ce qui est une source très importante de création monétaire. Il en est de même dans d’autres pays de la zone euro, en Italie et ailleurs dans une moindre mesure parfois.
Michel Pébereau avait évalué ces dettes de retraite pour l’Etat à €900 milliards fin 2004, soit par extrapolation €4 500 milliards pour l’ensemble de la France, ou 3 fois le PIB. Les économistes de Work For All en sont arrivés à des résultats concordants ainsi que ceux de la banque ABN Amro.
Cette création monétaire s’accentue (la masse monétaire augmente de plus en plus : de 12,5 % actuellement), ce qui a des effets dévastateurs car l’augmentation de la masse monétaire libre est inversement proportionnelle à la croissance du PIB réel.
Le système de retraite par répartition laisse se développer ces dérapages monétaires sans pouvoir couvrir les engagements de retraite dans les années à venir compte tenu de la pyramide des âges.
Dans ces conditions, les perspectives dans la zone euro sont particulièrement sombres comme au Japon où la croissance très forte de l’après guerre a été stoppée net et durablement par l’hypertrophie de la masse monétaire qui s’est produite dans les années 80.
Les Euro-zonards ne comprennent pas ces problèmes élémentaires de politique monétaire qui sont pourtant fondamentaux, malgré la circulation des idées qui se fait facilement par le développement des échanges et d’Internet en particulier.
En France, les médias véhiculent les idées dominantes émanant des économistes antilibéraux et anti-américains qui se trouvent partout, dans les établissements d’enseignement bien sûr, à tous les niveaux, dans les milieux gouvernementaux et même bancaires !
Ainsi, des économistes militants d’organisations d’extrême gauche comme Attac se trouvent au sein même de la Banque de France où les techniciens les plus qualifiés sont incapables de faire une analyse économique élémentaire juste de problèmes comptables, des militants socialistes très influents dans les gouvernements ressassent encore les idées irréalistes émises par Pierre Mendès France plus de 40 ans auparavant, etc.
Le manque de culture économique et de réflexion est quand même surprenant en 2008 en France, ce qui a des conséquences très graves pour les Français…
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