Japon : risques sismiques et systémiques
Je reprends ici un billet que j’avais écrit et mis en ligne le 14 novembre 2004 sur mon ancien blog que Guy Millière et sa bande de margoulins ont supprimé (sans m’avertir) fin juillet 2007.
Ces gens là ne respectent rien ni personne. De vrais sauvages…
La masse monétaire M3 du Japon est deux fois plus importante que le PIB alors qu'elle ne devrait en représenter que 80 % environ, comme aux États-Unis et en Europe, ce qui signifie qu'une très grande partie des titres libellés en yens n'a pas de contrepartie réelle.
C'est de la monnaie de singe, sans valeur qui coexiste avec de la vraie monnaie résultant du travail dans les entreprises japonaises.
| %
| Etats-Unis
| Zone euro
| Japon
|
| M3 / PIB
| 78
| 85
| 223
|
Cette situation n'est pas nouvelle. Elle provient de la très forte croissance mal maîtrisée du PIB dans les années 70 et 80.
Des chefs d'entreprises ont mal géré leurs affaires. Certains n'ont pas pu payer leurs fournisseurs, d'autres trop endettés n'ont pas pu rembourser leurs emprunts.
Profitant de leurs bonnes relations amicales réciproques, des chefs d'entreprises et des banquiers ont préféré accorder des délais de (non) paiement et ils ont laissé s'accumuler des créances irrécouvrables.
Le phénomène s'est étendu : cet argent non gagné a contribué à former une bulle boursière et immobilière et à distribuer d'autres revenus indus.
La création monétaire a été considérable au Japon dans les années 70 et 80.
De tels excès ne se sont pas produits dans les pays occidentaux (en Europe et aux États-Unis) car les autorités monétaires et politiques ont pris des mesures énergiques dans les années 80 (et les suivantes) pour mettre fin aux dérives monétaires et financières.
Le président de la Fed, Paul Volcker, en accord avec Ronald Reagan, a pris les bonnes décisions en relevant considérablement le taux de base, ce qui a cassé les tensions inflationnistes au prix d'une forte récession qui fut salutaire car les Américains bénéficient depuis cette époque d'une croissance optimale ce qui n'est plus le cas des Japonais.
Les équilibres micro et macroéconomiques sont réalisés aux États-Unis et la masse monétaire a maintenant une structure normale.
Que peut-il se passer à l'avenir ?
Au pire, les titulaires de yens peuvent perdre confiance dans la valeur de leurs avoirs et la valeur de la monnaie du Japon peut s'effondrer en même temps que son économie.
Ce qui peut se passer au Japon est comparable à ce qui vient de se produire en Italie (à une petite échelle) avec Parmalat : cette entreprise ne peut plus payer ses fournisseurs ni rembourser ses dettes. En disparaissant, elle entraîne avec elle ses fournisseurs, les laiteries qui n'ont pas été payées, ainsi que les éleveurs, et certains de leurs fournisseurs.
Tous les maillons de la filière tombent les uns après les autres, comme un château de cartes.
Le risque systémique au niveau du Japon est considérable, ce qui peut avoir des conséquences très graves car le PIB du Japon est le second du monde.
Comme toutes les économies sont maintenant largement ouvertes, la crise peut se propager rapidement dans tous les autres pays.
Cependant, l'économie du Japon est duale : à coté de ce Japon monétaire catastrophique avec un yen fortement surévalué, se trouve un autre Japon, celui qui travaille et produit avec l'un des niveaux de compétitivité les plus élevés du monde.
La valeur de cette monnaie est donc très forte et ce yen est actuellement sous-évalué, ce qui se manifeste par des excédents de l'ordre de $ 400 milliards dans les coffres de la banque centrale du Japon.
Ainsi, paradoxalement, le yen devrait être à la fois réévalué et dévalué ! car il apparaît sous-évalué en considération des performances commerciales de certaines entreprises japonaises (comme par exemple Toyota ou Nissan), et considérablement surévalué du fait de l'existence d'une masse d'argent non gagné.
L'économie japonaise est donc à la fois très forte et très faible. Elle est très fragile.
Les déséquilibres fondamentaux du Japon ne sont pas nouveaux : ils durent depuis le début des années 90.
Ils peuvent encore se prolonger pendant des années ou bien tout peut basculer d'un moment à l'autre ! Depuis 15 ans, aucune solution à ces dysfonctionnements monétaires n'a été apportée. Des mesures drastiques auraient dû être prises, comme ce fut le cas aux États-Unis. Malheureusement, les hommes politiques japonais et les dirigeants de la BoJ n'ont pas le courage de leurs homologues américains.
Ils ne veulent pas prendre les décisions qui s'imposent.
Il aurait fallu supprimer toute cette monnaie qui n'en est pas réellement, et pour cela, il aurait fallu -il faudrait- mécontenter beaucoup de monde, ce qui se traduit toujours par des réactions sociales et politiques parfois violentes… mais un assainissement monétaire efficace au Japon passe nécessairement par la faillite d'un très grand nombre d'entreprises et par celle de quelques banques !
Le dynamisme de l'économie des États-Unis est fondé en grande partie sur l'application du principe de base du capitalisme libéral : la destruction créatrice de Schumpeter.
Si les entreprises mal gérées ne disparaissent pas naturellement, les entreprises saines ne peuvent pas se développer et la croissance du PIB est stoppée.
Ainsi le Japon subit une stagnation déflationniste (du fait de la persistance des excédents monétaires) depuis une quinzaine d'années au lieu de bénéficier d'une forte croissance comme cela a été le cas au cours des décennies précédentes.
Les équilibres monétaires fondamentaux sont la condition nécessaire à la croissance du PIB et à la prospérité d'une nation.
| % / PIB
| Etats-Unis
| Zone euro
| Japon
|
| M1
| 11
| 38
| 70
|
| M2-M1
| 42
| 35
| 66
|
| M3-M2
| 25
| 12
| 86
|
Tous les agrégats monétaires du Japon sont trop importants : les disponibilités sont trop élevées (en M1), il y a trop d'argent non gagné sur des comptes d'épargne (en M2-M1) et beaucoup trop de trésorerie non réelle (en M3-M2).
Comparativement, la structure de la masse monétaire des États-Unis est fondamentalement saine et optimale.
Pour aggraver le tout, les dirigeants politiques japonais ont accumulé les dettes de l'État (180 % du PIB) qui dépassent largement les normes (60 %).
Les dirigeants de la BoJ tentent de cacher l'ampleur de la catastrophe monétaire en fournissant peu de statistiques : aucune donnée n'est disponible pour l'agrégat M3-M2 pour les années antérieures à 1998 et il n'est pas facile de comprendre les chiffres pour les années suivantes.
Par ailleurs, la masse monétaire du Japon atteint des montants difficilement exprimables : M3 se monte à 1 130 mille milliards de yens, soit : 1,13 multiplié par 10 puissance 15 ce qui fait… beaucoup !
Il est très difficile de trouver cette information dans les tableaux statistiques publiés par la BoJ, alors que la Fed publie clairement toutes les données concernant les agrégats monétaires depuis l'après guerre dans des séries continues téléchargeables sous tableur Excel.
D'une certaine façon, le Japon est au bord d'une cascade de faillites en chaîne, et même d'une banqueroute frauduleuse généralisée alors que des entreprises japonaises sont très performantes.
Ce sont les Japonais qui travaillent qui risquent de subir en premier les conséquences des errements de leurs dirigeants politiques et économiques.
Une épée de Damoclès est suspendue au dessus de nos têtes : c'est en fait un sabre de Samouraï qui risque de s'abattre sur le Japon et d'atteindre aussi le monde entier.
Le XXI° siècle est celui de toutes les réussites mais aussi de tous les dangers.
Complément ce jour…
Depuis 2004, date à laquelle j’ai écrit ce billet, le Japon ne s’est pas écroulé, mais rien n’a vraiment bougé : le dynamisme des entreprises japonaises des années 60, 70 et 80 et a été cassé net par les dérapages monétaires et publics, ce qui permet aux entreprises américaines d’être moins concurrencées.
La zone euro est en train de subir le même sort…
Dans le cadre de la stratégie du désordre, les Américains ont intérêt à affaiblir leurs partenaires, sans les terrasser.
Ce que j’ai écrit en 2004 sur le Japon demeure donc pour l’essentiel parfaitement valable à ce jour.
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