Effondrement financier
Encore quelques petites explications sur cet effondrement financier qui se produit…
Après avoir subi $500 milliards de pertes (dans le monde) à cause des sub-prime, beaucoup de banques ont pris logiquement des engagements importants à partir du point bas du 16 mars 2008 (le Wilshire 5000 était alors à 12 653) car le retour de la forte croissance (grâce à la baisse des taux de la Fed) permettait d’anticiper sans risques une augmentation des chiffres d’affaires et des bénéfices, donc des indices actions, ce qui s’est effectivement produit.
Malheureusement, les indices actions se sont brusquement retournés à partir du lundi 19 mai (le Wilshire 5000 était alors à 14 564) à la suite de la décision prise par George W. Bush (lors de son voyage en Israël) d’autoriser une intervention militaire pour détruire les installations nucléaires en Iran (c’est du moins ainsi que les marchés l’ont compris).
Ce retournement de tendance n’a pas été anticipé par la plupart des banques (et d’autres investisseurs) qui se sont fait piéger : elles ont dû vendre de plus en plus de titres au fil des semaines, ce qui a accentué la baisse des indices actions.
Pire même : certains titres (surtout des produits dérivés liés à des emprunts hypothécaires) n’ont plus eu d’acheteurs à partir d’un certain moment (ces marchés sont devenus illiquides !).
Tout ceci n’aurait pas du créer de gros problèmes car les banques, étant obligées de comptabiliser à leur juste valeur de marché ces produits financiers, n’auraient pas dû investir dans ce type de produits devant le risque encouru, mais beaucoup d’entre elles n’ont pas respecté cette règle prudentielle élémentaire et elles se sont retrouvées devant des pertes considérables.
La conjonction de ces évènements crée un effondrement financier comme il ne s’en est jamais produit dans l’Histoire.
Son ampleur s’explique par l’importance des sommes mises en jeu : une banque comme la BNP mentionne €1 003 milliards d’instruments financiers à son actif au 30 juin 2008 ! pour… €56 milliards de capitaux propres seulement !
Ces problèmes s’aggravent à partir du moment où des banques ont pris des engagements à découvert portant sur des montants considérables (et non comptabilisés !).
Ainsi par exemple, les branquignols de la Générale ont engagé à découvert €50 milliards au mois de janvier qui ont provoqué une perte de €6 milliards et une accentuation de la baisse des indices boursiers dans le monde.
Ce cas était isolé en janvier 2008. Après la mi-mars, beaucoup de banques dans le monde ont pris des engagements à découvert (sans en préciser l’importance), ce qui a provoqué cet effondrement des indices actions surtout à partir du 15 septembre (le Wilshire 5000 était à 8 502 le 10 octobre) car beaucoup d’entre elles ont été obligées de vendre en catastrophe des titres qu’elles possédaient en propre.
Le présent et l’avenir proche s’annoncent mal pour beaucoup de banques dont les dirigeants se tournent vers les autorités pour leur demander de les sortir de cette impasse car leur effondrement peut avoir des conséquences dramatiques pour tout le monde.
Et maintenant, que faire ?
Malheureusement, les solutions retenues jusqu’à présent sont les pires que l’on puisse imaginer !
Ainsi, la communauté des banquiers a fait pression dans le monde pour que les autorités comptables admettent que les banques n’enregistrent pas certaines pertes.
En France, l’Autorité des marchés financiers, la Commission bancaire, le Conseil national de la comptabilité et l’Autorité de contrôle des assureurs et des mutuelles viennent d’autoriser " l’utilisation d’hypothèses internes développées par l'entreprise (...) lorsque les marchés sont inactifs ", c’est à dire : quand un instrument financier a perdu toute valeur sur le marché du fait qu’il n’a plus d’acheteur, une banque est libre de lui attribuer une certaine valeur !
C’est, comme je l’ai écrit précédemment, la spéculation jamais perdante !
Les banques peuvent retenir à partir des comptes publiés au… 30 septembre dernier la valeur qu’elles veulent (au prix d’acquisition par exemple) pour des produits qui n’en ont plus !
Il est même possible, pour un produit précis, d’autoriser une banque à déterminer un prix différent du prix du marché quand il est fortement décoté à la suite de ventes forcées !
Ces dispositions sont extrêmement dangereuses, car elles laissent les banques libres de continuer à investir sans risques sur des produits financiers qui créent en fait des pertes considérables sans qu’elles soient comptabilisées !
Ces problèmes sont graves, très graves car ils portent sur des sommes gigantesques : la BNP comptabilisait €1 000 milliards " d’instruments financiers en valeur de marché " (+ 35 % en un an et demi !) au 30 juin 2008, Deutsche Bank €1 400 milliards pour €33 milliards de capitaux propres ! etc. etc.
La solution n’est pas de laisser faire Sarko, DSK, W. & co un nouveau Bretton-Woods, mais d’appliquer tout simplement les règles qui étaient en vigueur et qui permettent au système financier de fonctionner normalement et librement, comme l’ont fait les gnomes de Zurich qui sont restés en dehors de l’effondrement financier mondial… pour les seules opérations faites en Helvétie (par les banques privées en particulier).
UBS, et dans une certaine mesure Crédit Suisse, qui n’ont pas respecté ces règles se trouvent elles aussi prises au piège.
Les erreurs monumentales faites par les banquiers font courir un risque grave, très grave, systémique, inacceptable pour tout le monde !
Ces problèmes sont relativement simples à résoudre, mais malheureusement, personne n’exerce un pouvoir suffisant pour imposer les bonnes solutions : il faut et il suffit d’appliquer les règles en vigueur.
Les dirigeants des banques (comme de toutes les sociétés cotées) qui cherchent à tromper les investisseurs en ne présentant pas des informations qui donnent une image fidèle de la réalité doivent être poursuivis et condamnés.
Pour des affaires moins importantes (Enron), les peines prononcées ont été jusqu’à 30 ans de prison… aux États-Unis.
Beaucoup d’Américains ont de bonnes réactions en rejetant violemment les plans Paulson mais pour l’instant, ils n’ont pas eu gain de cause.
John McCain a eu à un moment donné une bonne réaction en voulant virer le patron de la SEC, mais il n’y a pas donné suite et il a approuvé les mauvaises mesures qui ont été adoptées.
Ce qui se produit actuellement est un effondrement financier (financial meltdown) qui peut ne pas déboucher sur une crise car les fondamentaux sont bons aux États-Unis du moins (l’avenir est radieux si les bonnes décisions sont prises), mais si les solutions données ne sont pas pertinentes, tout peut dégénérer en une crise, une vraie, comme en 1929, en pire même !
Je suis désolé, j’ai raison et je confirme mes analyses précédentes.
***