Crise : pourquoi la Fed n’a rien vu venir
L’auteur du blog signé Lupus m’a demandé mon avis sur un article publié le 10 avril dans le Journal des finances Crise : pourquoi la Fed n’a rien vu venir (cliquer ici pour le lire) qui prétend qu’Alan Greenspan se serait basé sur le CPI pour évaluer l’inflation, et qu’il se serait trompé de ce fait, ce qui aurait provoqué la crise immobilière puis l’effondrement financier après le 15 septembre 2008.
Je ne suis pas d’accord avec le contenu de cet article…
D’abord, Alan Greenspan a dit à maintes reprises qu’il se basait sur l’inflation sous-jacente (core), c’est à dire sur les données LFE (Less Food & Energy), les prix des biens alimentaires et de l’énergie étant trop volatils, et non pas sur l’inflation totale.
Ensuite, le CPI (Consumer Price Index) est un indice, comme celui de l’Insee, calculé sur un certain nombre d’articles et avec une certaine pondération censés représenter les dépenses des Américains (notre panier de la ménagère).
Il a l’avantage comme je l’ai déjà indiqué à plusieurs reprises sur mon blog, d’être calculé rapidement mais il a l’inconvénient d’être approximatif car les dépenses des Américains évoluent et elles ne correspondent pas nécessairement aux seuls produits (et avec cette pondération) qui sont pris en considération dans les calculs du CPI:LFE.
Les gens de la Fed se basent donc surtout sur les variations des prix des produits effectivement dépensés : le PCE:LFE (Personal Consumption Expenditures).
Tout le monde connaît bien ces problèmes (en particulier les gens de la Fed et surtout Alan Greenspan !) et comme tout le monde, je surveille les deux indices, cf. mes billets à ce sujet sur mon blog.
Il est évident qu’Alan Greenspan ne s’est pas fait piéger par une telle erreur !
Cette idée développée dans cet article est une invention stupide de journaleux. Une de plus !
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A priori, le PCE:LFE intègre correctement l’évolution des prix de l’immobilier en calculant pour les propriétaires de leur logement, l’équivalent du loyer de ce logement à partir de la valeur de marché de ce logement.
Le PCE:LFE rendait donc bien compte de l’évolution des prix de l’immobilier.
Les écarts entre le PCE:LFE et le CPI:LFE sont faibles, cliquer ici pour voir un graphique les représentant sur un de mes billets récents intégrant les dernières données.
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Alan Greenspan et les gens de la Fed ont laissé volontairement les taux de la Fed trop bas pendant trop longtemps pour consolider la reprise fin 2003 et en 2004 (et pour faciliter la réélection de W. !) et ils ont laissé ces taux trop haut pendant trop longtemps pour provoquer un collapsus afin de faire baisser l’inflation avec la baisse de la croissance du PIB, la chute des prix de l’immobilier n’étant qu’un dommage collatéral.
L’effondrement financier qui s’est produit à partir du 15 septembre avait pour but de faire éclater la bulle des produits dérivés (les CDS) et l’inflation.
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Autre problème : cet article du Journal des Finances se réfère à un article du Wall Street Journal.
Lequel ? Après quelques recherches, aucun article du Wall Street Journal du mois d’avril ne correspond à ce qui est rapporté dans cet article du Journal des Finances !
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Complément une heure après avoir mis en ligne ce billet : je l’ai envoyé en commentaire au Journal des Finances et pour la première fois Le Figaro-Le Journal des Finances ne l’a pas censuré ! Pourquoi ? Mystère…
Complément le dimanche 12 avril :
Un de mes correspondants particulièrement perspicace et opiniâtre a trouvé le document du Wall Street Journal qui a servi de base à l’article du Journal des finances : From Bubble to Depression? publié le 6 avril dans la rubrique Opinion, cliquer ici pour le lire.
Il s’agit des élucubrations de Vernon L. Smith, lauréat 2002 du prix Nobel d’économie et de Steven Gjerstad, tous deux universitaires.
Les universitaires américains sont comme les autres : ils sont certains d’être payés même s’ils racontent n’importe quoi !
Prétendre qu’Alan Greenspan aurait pu mal apprécier le risque d’inflation en se basant sur un mauvais indice et créer de ce fait une bulle immobilière ne tient pas debout et déconsidère une fois de plus tous ces bonimenteurs.
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