Tropismes, croissance, spéculation et monétarisme
Les organismes vivants (les plantes, les animaux) se développent librement normalement (par tropisme) mais un dysfonctionnement peut se produire à tout moment et créer une déviation par rapport à la norme (un héliotropisme par exemple) qui peut prendre de l’ampleur au risque d’être fatale un jour si une solution pertinente n’est pas adoptée et appliquée.
Ainsi en est-il aussi en économie, c’est à dire là où agissent des hommes et des entreprises qui sont eux aussi des organismes vivants.
Ces dysfonctionnements sont surtout comptables : à un moment donné, les comptes des entreprises ne donnent plus une image fidèle de la réalité et de petits problèmes prennent alors de l’importance au point de créer une bulle financière qui devient incontrôlable et dangereuse pour tout le monde.
Les marchés laissés libres sont incapables d’adopter par eux-mêmes les mesures correctrices qui s’imposent.
Pire même : des groupes de pression très puissants exercent une influence déterminante pour qu’elles ne soient pas adoptées ni respectées au risque de créer un effondrement du système.
Les seuls organismes salvateurs sont alors les autorités (principalement le gouvernement et la banque centrale) à condition que leurs dirigeants soient compétents et qu’ils soient disposés à défendre les intérêts nationaux, c’est à dire de l’ensemble de la population (de tout le monde, y compris de ceux qui sont à l’origine de ces problèmes).
Ainsi en est-il aux Etats-Unis, mais ce n’est pas le cas en Europe ni surtout en France.
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Depuis une quinzaine d’années, deux dystropismes majeurs se sont produits…
A la fin des années 90, les entreprises pouvaient encore amortir leurs écarts d’acquisition sur une vingtaine d’années, ce qui leur permettait d’acquérir impunément à prix d’or des dot com qui ne valaient finalement rien.
Ainsi est née la bulle internet qui a été amplifiée par les stock options (qui n’étaient pas comptabilisées dans les charges) et un certain laxisme dans les enregistrements comptables.
Les gens de la Fed avaient bien identifié ces problèmes mais ils ne pouvaient pas imposer les mesures correctrices nécessaires car les groupes de pression du monde de la finance et des start-up étaient trop puissants.
Ils ont augmenté leurs taux de base (à 6,5 %) au dessus du niveau de leur neutralité (entre 4,0 et 4,25 %) et ils ont attendu que la croissance chute de ce fait en 2001 pour pouvoir faire adopter et respecter les règles comptables qui s’imposaient, ce qui a permis à la croissance de repartir sur des bases saines et aux indices d’actions de remonter de 2003 à 2007.
Il en a été de même depuis fin 2005 avec les produits dérivés : les gens de la Fed avaient bien identifié les problèmes et ils ont maintenu leurs taux de base à 5,25 % au dessus du niveau de leur neutralité pour créer un collapsus qui s’est enfin produit fin 2007 et qui s’est accentué spectaculairement après le 15 septembre 2008 en surprenant tout le monde.
Une destruction historique dans le domaine financier et bancaire a fait éclater la bulle financière gigantesque née de ces produits dérivés qui aurait pu créer un risque systémique.
Depuis quelques mois, un nouveau système bancaire se crée sous le contrôle de la Fed, les marchés des produits dérivés s’organisent, les règles prudentielles évoluent dans le bon sens à la suite des erreurs commises précédemment.
Les dysfonctionnements majeurs étant résolus, la vie (économique) repart normalement (par tropisme) sur de bons fondamentaux (l’argent est sain, aux Etats-Unis du moins) pour quelques années en attendant de nouveaux dysfonctionnements majeurs...
Le capitalisme libéral est vivant. Il ne fonctionne pas (longtemps) linéairement.
Des ruptures importantes se produisent après l’émergence de dysfonctionnements devenus majeurs alors qu’ils étaient mineurs à l’origine.
La connaissance de ces tropismes alimente la spéculation gagnante.
Les dysfonctionnements initiaux sont difficiles à identifier mais des signes avant coureurs permettent de repérer les risques majeurs…
Le meilleur instrument d’analyse est bien entendu la variation des agrégats monétaires, en particulier de M3 et plus précisément de M3-M2 mais le bombardier furtif B-2, Ben Bernanke, a pris la précaution de supprimer la publication de ces chiffres lorsqu’il a pris la tête de la Fed, ce qui donne à ces gens de la Fed un avantage considérable sur tout le monde car eux seuls disposent de ces données indispensables qui leur permettent de prendre les décisions qui s’imposent.
Dès lors, nous ne pouvons qu’utiliser les rares signes objectifs et fiables qu’ils donnent : les variations du taux de base de la Fed qui déterminent celles des rendements des Treasuries.
Lorsque les gens de la Fed relèvent leur taux de base à un niveau supérieur au niveau de leur neutralité, ils provoquent une baisse de la croissance du PIB et même à une récession comme ce fut le cas en 1991, 2001-2002 et en 2008-2009 (points noirs),
Graphique 1 :
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En relevant leur taux de base trop haut, les gens de la Fed font augmenter le coût des emprunts de toutes les échéances, la courbe des taux devient plate (point bleus) et même parfois inversée,
Graphique 2 :
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Le renchérissement du coût des emprunts provoque un ralentissement de l’activité : la croissance du PIB plonge au point d’être nulle voire négative,
Graphique 3 :
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Les variations des taux de toutes les échéances sont déterminées par la politique monétaire menée par la Fed, c’est à dire par la variation de son taux de base qui doit être de grande ampleur pour être efficace.
L’écart entre les taux longs (le rendement des Notes à 10 ans) et (moins) les taux courts (les Fed funds à 3 mois ou les Notes à 2 ans) est donc la valeur critique qui détermine la croissance du PIB réel,
Graphique 4 :
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Lorsque cet écart est nul voire négatif (points bleus), la croissance plonge quelques mois plus tard au point de dégénérer en récession (points noirs), puis quand il augmente au plus profond d’une récession (points verts), il annonce la reprise d’une croissance forte,
Graphique 5 :
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Lorsque la croissance est forte, des dysfonctionnements se produisent (ainsi qu’une inflation trop élevée) qui oblige les gens de la Fed à remonter leurs taux de base…
Ainsi naît un nouveau cycle.
Le relèvement des taux de la Fed de 3,5 à 3,75 % le 20 septembre 2005 (point jaune) correspondait au début de l’augmentation devenue trop dangereuse de la masse des produits dérivés et elle a provoqué le relèvement des rendements des Treasuries,
Graphique 6 :
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Le cours de l’or a brusquement augmenté en août septembre 2005 (par rapport à sa tendance longue), ce qui confirme qu’il s’agit là d’un autre bon indicateur de dystropisme.
Tout est simple, disait Milton Friedman.
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