Un complément s’impose encore à mes articles précédents sur la Banca Monte dei Paschi di Siena et une leçon très importante doit être tirée de cet exemple…
Si l’arnaque dans les comptes publiés par la banque ne se situe pas au niveau du capital social, Share capital, Capitale en italien, elle se trouve alors indubitablement au niveau du goodwill qui est manifestement largement sous-évalué à 670 millions d’euros depuis le… 2° trimestre 2012, ce qui n’est pas du tout vraisemblable.

En fait, la banque aurait dû enregistrer 5 milliards d’euros de goodwill ou de pertes pour donner une image fidèle de la réalité (correspondant à un actif net tangible de 2 milliards).
Avec un total de ses dettes de 200 milliards d’euros et 2 milliards d’actif net tangible, le leverage réel de Banca Monte dei Paschi di Siena est donc de… 100 !
Dans ces conditions, il faudrait porter les capitaux propres aux alentours de 20 milliards d’euros pour respecter les règles prudentielles d’endettement préconisées par ce bon vieux Greenspan, c’est-à-dire augmenter les capitaux propres de 18 milliards par des apports d’investisseurs privés et surtout de l’Etat, ce qui est politiquement impossible.
Une augmentation de capital de 3 milliards d’euros est prévue mais elle sera nettement insuffisante (son leverage sera alors de l’ordre de… 40 !). Elle aura le grand inconvénient de contribuer à laisser perdurer les dysfonctionnements fondamentaux au sein du système bancaire euro-zonard qui le paralysent.
***L’exemple de la Banca Monte dei Paschi di Siena est très important car il montre clairement qu’une banque, même au bord de la faillite, peut avoir un ratio pondéré des risques (Risk-Weighted Assets, RWA) normal de… 11 % !
Un tel ratio n’est donc pas du tout significatif quant à la fiabilité des banques.
Comme je l’ai écrit à maintes reprises, pour évaluer correctement les risques présentés par les banques, un examen attentif des comptes est nécessaire : il consiste d’abord à évaluer à sa juste valeur le montant des capitaux propres et il est indispensable ensuite de calculer le leverage réel non pondéré des risques comme le préconise lui-aussi Axel Weber.
Lorsque les comptes publiés par une banque ne donnent pas une image fidèle de la réalité, et en cas de risque de faillite, le montant de la capitalisation boursière donne une évaluation fiable de l’actif net tangible, ce qui permet alors de déterminer son leverage réel.
Seules les banques qui ont un bon leverage réel, inférieur à 10, sont fiables. Celles qui s’en rapprochent (un leverage inférieur à 12,5 en concordance avec la règle du ratio Core Tier 1 d’origine) sont viables en dehors des périodes de grandes turbulences financières.
Un leverage supérieur à 30, comme celui de la banque des frères Lehman lors de sa faillite, est létal.
Lorsqu’un certain nombre de grandes banques too big to fail ont de mauvais leverages, la confiance entre les banksters disparait et tout le système interbancaire est bloqué, ce qui a des conséquences très graves pour tout le monde en accentuant le désordre, ce qui est le cas dans la zone euro.
Tant que les fondamentaux ne seront pas restaurés dans la vielle Europe, en particulier dans le système bancaire, « la crise pourrait repartir de plus belle » dixit Jens Weidmann, le patron de la Buba.
Une fois de plus, les méthodes que j’utilise dans mes analyses financières sont bien confirmées par la réalité.
Tout est simple.