J’ai déjà expliqué à maintes reprises les problèmes bancaires pour les nuls mais les plus nuls des nuls ont toujours des difficultés à les comprendre et les nouveaux nuls ne font pas l’effort minimal de s’informer en cherchant les articles antérieurs pour devenir moins nuls.
Je reprends donc une dernière fois… les idées exprimées par ce bon vieux Greenspan…
Les banques sont des entreprises très particulières dont l’activité principale consiste depuis plus de 5 000 ans à prêter de l’argent qu’elles n’ont pas, mais qu’elles empruntent, évidemment.
Auparavant, des personnes ayant fait fortune et désirant l’augmenter, en prêtaient une partie à d’autres, des entrepreneurs, en général des commerçants.
Les premiers banquiers, des hommes fortunés et dynamiques, ont eu l’idée géniale d’emprunter de l’argent à d’autres hommes riches passifs qui ne faisaient rien de leur argent, pour le prêter (surtout à des caravaniers dans l’actuel Moyen-Orient) pour gagner ainsi davantage d’argent.
Pour des raisons de prudence élémentaire, ces banquiers ne pouvaient pas prêter beaucoup plus que leur fortune totale.
Par la suite, les banques se sont perfectionnées et elles ont pu prêter beaucoup plus que le montant de leurs capitaux propres.
Au XX° siècle, dans les années 80, comme la confiance était très grande dans le secteur bancaire mondial car il était alors très fiable, les gens de la Fed, et en particulier ce bon vieux Greenspan, ont proposé une règle de bonne gestion prudentielle des risques bancaires à savoir de limiter le total des dettes des banques à 12,5 fois le montant de leurs capitaux propres, ou autre formulation : les capitaux propres doivent représenter au moins 8 % du total des dettes pour pouvoir financer normalement les actifs avec des risques acceptables.
Il s’agissait du ratio Tier 1.
Après les turbulences financières, ce bon vieux Greenspan a durci ses exigences en proposant un multiple d’endettement de 10, le leverage en anglais.
En effet, le (bon) raisonnement est le suivant : les banques ne peuvent financer leurs actifs que par leurs capitaux propres et par des dettes qui ne doivent pas dépasser certaines limites, à savoir 10 fois le montant de ces capitaux propres pour que la confiance puisse régner dans le système bancaire.
C’est simple. Tout est simple.
Ce bon vieux Greenspan avait toujours le génie de trouver la solution la plus simple aux problèmes les plus complexes et de l’expliquer simplement… pour ceux qui réussissaient à décrypter ses messages.
Effectivement, statistiquement, les banques qui respectent cette règle sont bien gérées. Ce sont par exemple la plupart des banques helvètes (en dehors de Crédit Suisse et d’UBS), des big banks américaines et 3 petites banques françaises.
A contrario, les grandes banques européennes sont loin de respecter ces règles si bien que la confiance a disparu dans le système bancaire de la zone euro qui est complètement bloqué au point que la BCE doit s’y substituer en prêtant plus de 1 000 milliards d’euros à un grand nombre de banques pour éviter un tsunami bancaire dont les conséquences seraient catastrophiques pour le monde entier !
Comme les dirigeants de ces grandes banques européennes sont très liés aux hommes politiques dans tous les pays européens, ils ont réussi à faire adopter des lois et des règles à la convenance de ces parties, en particulier celle des actifs pondérés qui permet entre autres aux banques d’acquérir des bons de Trésors sans que ces actifs soient pris en considération dans les ratios dits de Bâle III sous prétexte que ces actifs seraient sans risques !
Cette seule disposition permet ainsi aux banques de ne pas respecter les règles de ce bon vieux Greenspan et d’acquérir des bons de Trésors sans limite, donc d’en faire baisser les taux au profit des Etats surendettés.
La quasi faillite de l’Etat grec montre que ces règles ne sont pas fiables et qu’elles se sont retournées finalement contre l’intérêt général et des banques en particulier.
Cette règle édictée par ce bon vieux Greenspan a le gros avantage de signaler que quelque chose ne va pas quelque part lorsque les banques ne la respectent pas mais l’inconvénient de ne pas préciser quels sont exactement les problèmes qui se posent dans ces banques.
Elle est universelle. Elle s’applique de la même façon que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs (les différences entre les différents systèmes comptables ne jouent qu’un rôle marginal).
Quelques remarques pour terminer…
Les produits dérivés sont justement inscrits hors bilan car ils n’ont pas donné lieu à des paiements effectifs lors de la clôture du bilan (ce ne sont que des engagements qui, si les contrats ont été correctement négociés, doivent se conclure par des gains ou des pertes minimes, ce qui est leur raison d’être).
Il n’y a pas de création monétaire quand les banques accordent des prêts. Elles ne font que faire circuler l’argent qui sans elles, resterait sans être utilisé par les investisseurs qui en manquent.
Enfin, une question pour les non nuls qui ont bien compris ces problèmes bancaires élémentaires : il reste un gros problème visible mais qui n’a pas été abordé en dehors du cercle très restreint des dirigeants des grandes banques, du moins à ma connaissance. Quel est-il ?