Les problèmes monétaristes, financiers et bancaires sont certainement les plus difficiles à comprendre bien que, tout est simple comme l’a dit Milton Friedman.
Ce bon vieux Greenspan aimait lui aussi expliquer ces problèmes en les simplifiant pour que les gens les comprennent mieux.
Il rappelait que l’activité principale des banques consiste à prêter l’argent qu’elles ont (leurs capitaux propres) et qu’elles n’ont pas (mais qu’elles empruntent) pour acquérir des actifs qui sont toujours plus ou moins risqués.
D’après lui, pour que le système bancaire fonctionne normalement, les banques ne doivent pas emprunter plus de 12,5 fois le montant de leurs capitaux propres (c’était le ratio Tier 1 du début des années 80), sans les minoritaires ni les écarts d’acquisition (goodwill) qui doivent être correctement comptabilisés, c’est-à-dire être enregistrés en diminution des bénéfices, règle qu’il avait réussi à imposer au début des années 2000 après l’éclatement de la bulle internet.
Après les fortes turbulences de 2008, ce bon vieux Greenspan a ramené ce multiple d’endettement, le leverage, à 10 correspondant au ratio Tier 1 d’origine à 10 %.
En comptabilisant correctement les capitaux propres à leur juste valeur de marché (les actifs tangibles, tangible assets), aucune des grandes banques systémiques mondiales faisant partie de la liste des SIFIs (Systemically Important Financial Institutions) ne respecte la règle prudentielle de ce bon vieux Greenspan à la fin de 2012 d’après les résultats disponibles (un certain nombre de ces banques n’ont pas encore publié leurs résultats mais ils seront peu différents de ceux des trimestres précédents pris en compte dans ce classement provisoire).
Document 1 :
Sommes en milliards de monnaie nationale.
Cocorico : 2 banques françaises sur le podium, médaille d’or pour Crédit Agricole !
Document 2 :

(cliquer sur les graphiques pour les agrandir)
En bleu, les big banks des Etats-Unis, en rouge les Gos banques françaises, en orange leurs consœurs helvètes, en vert clair les banques relevant de Bank Of England, en vert foncé les autres banques européennes, en jaune les banques… asiatiques.
Euh… Non ! Les banques qui ont les plus hauts leverages sont les pires cancres de la classe bancaire mondiale : les péquenots du Crédit Agricole et les mécanos de la Générale qui entourent Deutsche Bank.
Le graphique représentant le ratio Tier 1 montre plus clairement les bons élèves de cette classe bancaire mondiale : les banques américaines, mais, en prenant en considération les goodwills, leurs ratios sont nettement moins bons que ceux qui apparaissaient dans mes analyses précédentes,
Document 3 :

Ces big banks too big to fail restent encore très dangereuses, les pires étant concentrées dans la zone euro, ce qui explique que le marché interbancaire n’y fonctionne plus (du fait que la confiance a disparu entre les banquiers eux-mêmes).
Le rétablissement de la confiance entre les banques et la reprise du marché interbancaire dans la zone euro est loin d’être envisageable car ces banques n’arrivent pas à améliorer leurs ratios.
Aux Etats-Unis, les autorités n’ont pas hésité à flinguer pour l’exemple la banque des frères Lehman, ce qui a fait réagir positivement les autres banques.
Dans la vieille Europe, les dirigeants des grandes banques, très liés aux milieux politiques, ont réussi à ne pas être sanctionnés, ce qui accentue et perpétue la crise qui y règne.
En effet, les groupes de pression des dirigeants des grandes banques ont réussi à faire adopter par les autorités (qu’ils manipulent et corrompent facilement) des règles complexes qu’eux seuls prétendent maitriser, les actifs pondérés (RWA, Risk-Weighted Assets), pour essayer de camoufler leurs erreurs auprès des gens qui sont complètement incapables de réagir positivement.
Le gros problème est qu’il n’y a pas de contrepartie face à ces groupes de pression des dirigeants des grandes banques : je suis, à ma connaissance, le seul en France (et ailleurs ?) à analyser ainsi ces problèmes vitaux pourtant plus ou moins bien résolus maintenant aux Etats-Unis.
Le manque de culture financière fait des ravages dans la vieille Europe qui est en train de se saborder elle-même.
Finalement, tout est simple.
Cliquer ici pour voir le classement du trimestre précédent des SIMIs.
| Rank | Banks 2012 Q4 | Liabilities | Tangible equity | Leverage | Tier 1 |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Citigroup | 1 706,43 | 158,23 | 10,8 | 9,3 |
| 2 | Wells Fargo | 1 310,32 | 112,644 | 11,6 | 8,6 |
| 3 | Goldman Sachs | 874,583 | 64,417 | 13,6 | 7,4 |
| 4 | Morgan Stanley | 729,446 | 52,927 | 13,8 | 7,3 |
| 5 | Bank of America | 2 061,76 | 148,212 | 13,9 | 7,2 |
| 6 | BBVA Bilbao | 596,43 | 41,43 | 14,4 | 6,9 |
| 7 | State Street | 208,179 | 14,403 | 14,5 | 6,9 |
| 8 | Bank of China | 11 951,98 | 791,703 | 15,1 | 6,6 |
| 9 | JP Morgan Chase | 2 221,40 | 137,739 | 16,1 | 6,2 |
| 10 | Standard Chartered | 588,564 | 35,867 | 16,4 | 6,1 |
| 11 | Unicredit Group | 918,286 | 50,866 | 18,1 | 5,5 |
| 12 | HSBC | 2 515,41 | 136,929 | 18,4 | 5,4 |
| 13 | Bk New York Mellon | 341,702 | 17,288 | 19,8 | 5,1 |
| 14 | Mitsubishi UFJ FG | 213 916 | 10 555 | 20,3 | 4,9 |
| 15 | ING Bank | 1 116,91 | 51,718 | 21,6 | 4,6 |
| 16 | Royal Bk of Scotland | 1 317,20 | 59,699 | 22,1 | 4,5 |
| 17 | Banque Populaire CE | 1 101,22 | 46,305 | 23,8 | 4,2 |
| 18 | Santander | 1 219,60 | 50,028 | 24,4 | 4,1 |
| 19 | Sumitomo Mitsui FG | 137 268 | 5 623 | 24,4 | 4,1 |
| 20 | Nordea | 651,865 | 25,555 | 25,5 | 3,9 |
| 21 | BNP Paribas | 1 839,24 | 68,054 | 27 | 3,7 |
| 22 | UBS | 1 219,80 | 39,434 | 30,9 | 3,2 |
| 23 | Barclays PLC | 1 444,96 | 45,359 | 31,9 | 3,1 |
| 24 | Mizuho FG | 166 301,70 | 5 181,50 | 32,1 | 3,1 |
| 25 | Credit Suisse | 896,944 | 27,243 | 32,9 | 3 |
| 26 | Société Générale | 1 214,06 | 36,636 | 33,1 | 3 |
| 27 | Deutsche Bank | 1 973,80 | 38,2 | 51,7 | 1,9 |
| 28 | Crédit Agricole SA | 1 813,55 | 28,814 | 62,9 | 1,6 |