Analyse monétariste de la zone euro…
La BCE vient de publier les chiffres des agrégats monétaires de la zone euro pour le mois de mars.
Les heureux euro-zonards ont 4 716 milliards d’euros dans leurs portefeuilles et sur leurs comptes courants, ce qui constitue l’agrégat M1 qui représente 53 % du PIB alors qu’aux Etats-Unis M1 se monte à 1 900 milliards de dollars soit 13 % du PIB,
Graphique 1 :

Cliquer sur les graphiques pour les agrandir.
Ces différences sont considérables, colossales, énormes. Comment se fait-il que je sois toujours le seul à m’en inquiéter alors que les Américains s’affolent de la petite hausse de M1 depuis le début des turbulences financières ?
Le manque de culture monétariste est évident en Europe, mais il devrait quand même y avoir des gens qui pourraient faire comme moi : prendre les chiffres des agrégats monétaires, les analyser, faire des comparaisons et en tirer des conclusions, ce qui est à la portée du premier idiot venu disposant d’un ordinateur et d’internet, la preuve…
Avant l’adoption de l’euro, en 1998, M1 ne représentait que 28 % du PIB, ce qui était dans des normes admissibles mais par la suite, l’existence même de cette monnaie unique a donné la possibilité à toutes les dérives de se développer et de répandre des euros dans tout le système, par laxisme, sans que les mécanismes auto-correcteurs puissent se manifester.
En effet, avant l’adoption de l’euro, un pays dont la masse monétaire augmentait trop (c’est-à-dire, quand il y avait de la création monétaire) était rapidement sanctionné : la dévaluation était inévitable dans le système de Bretton Woods et par la suite dans le système de changes libres, la monnaie baissait automatiquement par rapport aux autres en de telles circonstances.
Depuis l’adoption de l’euro, les banques centrales des pays qui ont des excédents importants de leur balance commerciale comme l’Allemagne et les Pays-Bas les reversent aux banques centrales des pays qui ont des déficits importants de leur balance commerciale : ceux du Club Med c’est-à-dire les PIGS (I pour Italie) auxquels il faut ajouter la France comme le montrent les chiffres des balances des paiements, cf. mes articles à ce sujet.
Ainsi, les déséquilibres internes de l’euro système sont compensés, ce qui aboutit à un système globalement équilibré vis-à-vis de l’étranger, donc durable, dans cette optique du moins.
Par contre, les déséquilibres dans chacun des pays s’accentuent et ils ne sont pas durables mais explosifs à terme, ce terme n’étant pas déterminé a priori mais inéluctable.
Les fortes turbulences financières qui se produisent depuis la faillite de la banque des frères Lehman ont considérablement aggravé la situation dans la zone euro pour M1.
Par contre, au niveau de la masse monétaire M3, la situation a eu tendance à s’améliorer dans un premier temps (son augmentation d’une année sur l’autre a fortement baissé jusqu’en avril 2010), ce qui s’explique principalement par l’éclatement de la bulle en M3-M2 qui a commencé après la crise des sub-prime,
Graphique 2 :

Depuis que les tensions dans la zone euro se manifestent, surtout après le défaut de paiement de banques de la zone euro début mai 2010, M3 augmente de nouveau beaucoup trop.
La variation du PIB est inversement proportionnelle à celle de la masse monétaire libre, ce qui se voit bien (dans l’opposition des flèches) sur ce graphique 3 :

Comme la création monétaire est importante depuis l’adoption de l’euro, la croissance du PIB est inférieure à son potentiel optimal. Elle baisse (flèche 16) et elle va baisser au cours de ces prochains trimestres, toutes autres choses égales par ailleurs.
De l’argent non gagné s’est répandu et continue à se répandre en masse au fil des années dans l’euro système, en particulier à partir du moment où les engagements de retraite ne sont pas comptabilisés à leur juste valeur.
L’évolution de l’agrégat M3-M2 qui correspond à la trésorerie des entreprises est très instructive : du début 2006 à la faillite de Lehman, M3-M2 a augmenté considérablement par rapport à sa tendance longue, de l’ordre de 300 milliards d’euros, ce qui provient, par contagion, de la création monétaire qui s’est développée aux Etats-Unis dans le même agrégat,
Graphique 4 :

Le bombardier furtif B-2, Ben Bernanke a fait éclater cette bulle aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, en particulier dans la zone euro, car les marchés financiers sont maintenant mondialisés (même Jean-Claude Le Tricheur l’a compris !).
Depuis début 2010, M3-M2 est revenu dans sa tendance haussière normale dans la zone euro, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde.
Tout est simple. Je ne comprends pas pourquoi tant de gens ne comprennent pas…