Les Américains appliquent la stratégie du désordre depuis un certain nombre d’années. C’est une idée défendue à l’origine par les dirigeants du parti Démocrate qui n’acceptent plus que des régimes forts amis dirigent un certain nombre de pays comme c’était le cas jadis. Ils préfèrent favoriser l’arrivée au pouvoir d’opposants anti-américains (dans le cadre de la logique paradoxale), mais ils les affaiblissent en créant un certain désordre dans ces pays.
*
Cette stratégie du désordre est appliquée en Amérique du Sud : la plupart de ces pays ont maintenant des gouvernements de gauche plus ou moins hostiles aux Etats-Unis, mais en menant de telles politiques économiques antilibérales à base de nationalisations entre autres, ils se condamnent à une croissance faible qui accentue les difficultés économiques, sociales et politiques. Ils affaiblissent ainsi leur pouvoir de nuisance, ce qui est le but final recherché par les Américains.
Il n’y a plus de dictateurs amis comme c’était le cas pendant des décennies après la Seconde guerre mondiale dans un certain nombre de pays Sud-américains (les Républiques bananières). Cette politique de complaisance des Américains envers des dictatures pouvait être admise à cette époque là car la lutte contre l’influence communiste était difficile à mener. Elle a donné des résultats positifs pour les Américains (en particulier les producteurs de bananes !) pendant un certain temps mais elle est contre-productive à terme et elle est jugée politiquement incorrecte.
Par ailleurs, la structure du PIB a beaucoup changé depuis une vingtaine d’années dans les pays développés : les firmes Nord-américaines dominantes ne sont plus celles qui commercialisent des fruits mais des sociétés de services (informatiques, financiers, etc.). Le contrôle de ressources naturelles par les Américains (du moins par certaines de leurs entreprises) ne présente plus d’intérêt. Les gouvernements de ces pays peuvent donc rester hostiles aux Américains sans leur porter préjudice.
Bien mieux : la faible croissance de ces pays Sud-américains accentue les difficultés économiques de la population dont le niveau de vie s’améliore peu ou pas en adoptant des politiques économiques antilibérales, ce qui décrédibilise finalement ces gouvernements de gauche.
A terme, la stratégie du désordre est donc gagnante pour les Américains et le libéralisme qui gagneront ainsi la guerre des idées !
*
La stratégie du désordre est appliquée en Iran depuis la fin des années 70 : les Américains, sous la présidence du Démocrate Carter, ont favorisé l’éviction du Shah et la prise du pouvoir par Khomeyni avec l’appui des Français qui ont joué le rôle indispensable d’idiots utiles avec Valéry Giscard (d’Estaing). En effet, les Américains préfèrent agir indirectement (c’est plus discret) en exerçant une influence sur des parties tierces.
Les Chiites au pouvoir ont effectivement considérablement affaibli l’Iran et ils exercent une menace importante sur les Sunnites, ce qui répond aux objectifs finals des Etats-Unis : affaiblir le monde arabo-musulman en y augmentant le désordre.
*
Papa Bush a appliqué la stratégie du désordre en Irak en laissant Saddam Hussein au pouvoir en 1991 (après la guerre menée à la suite de l’invasion du Koweït) de façon à maintenir son pouvoir de nuisance dans la région. Son fils, W., a rompu cette stratégie mais les Démocrates tout-puissants et omniprésents dans l’administration fédérale ont réussi à rétablir un certain désordre en Irak répondant à leur stratégie !
La stratégie du désordre est un art délicat à utiliser au Moyen-Orient mais d’une très grande efficacité car le désordre y est particulièrement bien ancré depuis des millénaires. Toute la difficulté est de le maîtriser et de l’orienter dans le sens voulu.
Dans cette optique, Israël a particulièrement bien réussi lors de la guerre menée contre le Hezbollah pendant l’été 2006 : le pouvoir de nuisance militaire de la milice Chiite contre Israël a été détruit, ce qui était l’objectif principal, mais les Chiites peuvent continuer à exercer un certain pouvoir de nuisance dans le monde musulman dominé par les Sunnites.
En outre, les Israéliens ne passent plus pour une hyper puissance dominatrice mais comme une nation ordinaire (comme les Américains en Amérique du Sud), ce qui est positif à terme.
Les membres du gouvernement israélien ont été parfaits dans leur rôle d’idiots utiles.
*
La stratégie du désordre a été appliquée aussi en Asie : Suharto, présenté habituellement comme un dictateur par les médias, a été évincé du pouvoir en Indonésie par les Américains en utilisant la désinformation et en encourageant des manifestations qui lui étaient hostiles.
La stratégie du désordre est appliquée au Japon dont le dynamisme dans les décennies d’après guerre a été stoppé par les désordres monétaires qui ont créé une déflation durable (la masse monétaire est hypertrophiée et l’endettement public hors normes).
Les dirigeants politiques japonais, corrompus et incompétents, sont eux aussi parfaits dans leur rôle d’idiots utiles.
*
La stratégie du désordre est appliquée en Europe : les Américains ont réussi à convaincre des Européens de mettre en place l’Union Européenne qui est une usine à gaz totalement inefficace qui affaiblit considérablement les pays européens dont les entreprises sont pourtant très performantes, et à adopter une monnaie commune contre nature dont les effets sont catastrophiques.
Ce ne sont pas les Américains qui créent positivement ce désordre, mais ce sont certaines entreprises spécialisées dans cette activité qui exercent une influence sur les leaders et les décideurs européens de façon à ce qu’ils prennent eux-mêmes des décisions contre leurs intérêts, ce qui favorise finalement les Américains.
La stratégie du désordre est même appliquée dans des entreprises d’importance stratégique comme EADS qui a l’avantage de donner l’apparence de ne pas laisser le monopole de la production d’avions de ligne à Boeing. Airbus n’étant pas rentable, pénalise l’industrie aéronautique européenne et les contribuables européens.
*
La stratégie du désordre est facilement appliquée en Russie avec les anciens communistes mal reconvertis dans une apparence d’économie de marché.
*
Seuls les Chinois qui sont depuis des millénaires des experts dans l’art de la stratégie, réussissent à tirer leur épingle du jeu, pour l’instant du moins.
*
La stratégie du désordre est une réussite presque parfaite… pour les Américains.
***