Complexe mais simple, finalement
La situation économique aux Etats-Unis est actuellement complexe mais simple finalement…
En effet, la croissance du PIB a été forte au 3° trimestre (3,9 % !) avec une inflation sous-jacente de 1,8 % contenue dans les limites requises (moins de 2 %) et un taux de chômage faible à 4,7 %.
Tout va bien car les entreprises américaines continuent de faire des bénéfices élevés grâce à des gains de productivité importants. En effet, l’emploi diminue (globalement dans les entreprises) et les salaires réels ne progressent que de 0,5 % dans le secteur privé en un an.
Cependant, les revenus des Américains augmentent grâce au plein emploi (et aux dividendes) ce qui leur permet de consommer davantage. A cette demande répond une offre : des entreprises sont créées dans la restauration, les spectacles, l’informatique, etc. et elles créent des emplois.
Par ailleurs, les administrations locales et les établissements de santé continuent à créer beaucoup d’emplois, ce qui entretient la consommation selon ce bon vieux Keynes.
L’activité est soutenue également par les exportations qui progressent à un rythme (annualisé) de 20 % par rapport au trimestre précédent et de 10 % d’une année sur l’autre, ce qui est facilité par un dollar faible.
*
Le maintien des taux de la Fed à 5,25 %, à des niveaux très nettement supérieurs à leur neutralité de 4,25 % n’a pas ralenti l’activité car les entreprises disposent de trésoreries abondantes qui leur permettent de s’autofinancer.
Tout va bien, oui mais certains secteurs comme l’immobilier sont très sensibles à des taux élevés, et c’est le plongeon avec la crise du sub-prime qui devient d’autant plus inquiétante qu’un certain nombre d’établissements bancaires tentent de cacher leurs pertes qui se chiffrent globalement à quelques dizaines de milliards de dollars.
Ce qui est le plus grave, c’est cette défiance des Américains face à cette situation. Elle se révèle dans l’augmentation de leur épargne de précaution : M2-M1 augmente sur un rythme de 8 % d’une année sur l’autre,
Graphique 1 :

(cliquer ici pour agrandir le graphique)
*
Comme la croissance du PIB est inversement proportionnelle à la masse monétaire libre, cette croissance baisse effectivement, mais en tendance avec des variations à court terme. Ainsi, la croissance du PIB n’a été que de 2 % d’une année sur l’autre en moyenne sur les 3 derniers trimestres. Les chiffres des 2 derniers trimestres exprimés par rapport au précédent sont trompeurs !
Graphique 2 :

(cliquer ici pour agrandir le graphique)
*
Pendant une cinquantaine d’années, une telle situation conduisait toujours à une récession et à un collapsus boursier. Il devrait en être de même dans un avenir proche, à moins que les Etats-Unis ne soient entrés dans un nouveau paradigme…
*
Les Américains gardent de moins en moins d’argent sur leurs comptes bancaires : les dépôts (TCD) ne représentent plus que $600 milliards soit 4,5 % du PIB,
Graphique 3 :

(cliquer ici pour agrandir le graphique)
*
Les marchés financiers des deux côtés de l’Atlantique Nord ont maintenant convergé : les taux américains entourent les taux européens qui convergent vers 4,25 %,
Graphique 4 :

(cliquer ici pour agrandir le graphique)
*
Le relèvement des taux de la Fed à 5,25 % était une erreur : les rendements des bons sont revenus dans la norme en fluctuant dans les 4 %,
Graphique 5 :

(cliquer ici pour agrandir le graphique)
Le taux de base de la BCE à 4,0 % est accommodant et celui de la Fed trop restrictif à 4,5 % alors qu’ils devraient être à 4,25 % pour être neutres.
*
Les incertitudes actuelles entraînent des variations très importantes des taux de référence,
Graphique 6 :

(cliquer ici pour agrandir le graphique)
Les taux courts n’auraient pas dû descendre sous la barre des 4 %. Le niveau anormalement bas du 2 ans à 3,70 % montre que les capitaux se réfugient préférentiellement sur cette valeur. La crise du sub-prime n’est pas terminée !
***