Inflation, zone euro et monétarisme
Vendredi 4 juillet, en l’absence des investisseurs américains, les taux de la zone euro se sont positionnés en vue d’une autre augmentation de 25 points de base des taux de la BCE à 4,50 % dans un avenir envisageable.
En effet, le Bund à 10 ans est descendu vers 4,50 % pour rejoindre le 3 mois qui a vivement remonté au cours de cette semaine (il était à 4,12 % le lundi 30 juin !), le Schatz à 2 ans tombant à 4,42 % anticipant ainsi peut-être une récession (le 2 ans réagit généralement plus vite que le 10 ans, la courbe des taux risque alors d’être inversée prochainement),
Graphique 1 :
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La zone euro est susceptible d’éclater en cas de crise ou de tensions importantes comme l’avait fort justement prédit Milton Friedman : la lire italienne reste dans une anticipation de dévaluation potentielle de 13 % par rapport au Deutschemark (ça porte chance ?),
Graphique 2 :
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Et le franc français de 4 % (c’est moins pire !),
Graphique 3 :
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Les membres du comité de politique monétaire de la BCE ont raison de relever leur taux de base quand l’inflation dépasse la norme de 2,0 %.
Le problème est que l’inflation continue à augmenter en atteignant 4,0 % dans la zone euro en juin (contre 3,1 % aux États-Unis, la tendance étant baissière) alors que les branquignols de la BCE ont toujours répété précédemment que l’inflation était conjoncturelle et qu’elle allait fléchir dans les mois à venir.
Leur erreur est monumentale.
J’ai montré depuis un certain temps que l’inflation dans la zone euro provient de l’augmentation de la masse monétaire M3 qui atteint 11 % d’une année sur l’autre alors qu’elle devrait être inférieure à 5 %,
Graphique 4 :
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En effet, comme la croissance du PIB réel est inversement proportionnelle à la variation de la masse monétaire libre, cette croissance du PIB réel baisse au fil des trimestres et elle continuera à baisser (elle n’est soutenue que par la demande des pays émergents qui sont en forte croissance),
Graphique 5 :
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Pour le 2° trimestre, le taux de croissance retenu ici est de 1,3 % (ce qui est relativement optimiste).
La masse monétaire M3 augmente trop par rapport au PIB et elle atteint maintenant 98,5 % du PIB,
Graphique 6 :
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L’augmentation de la masse monétaire M3 est due essentiellement à celle de M2 qui atteint 83,5 % du PIB contre 53 % aux États-Unis,
Graphique 7 :
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30 % de M2 de la zone euro sont de l’argent non gagné, soit €2 300 milliards par comparaison avec la situation de référence qui est celle des États-Unis.
L’argent sain est le premier pilier de la réussite pour les Reaganomics.
L’argent est sain aux États-Unis car les autorités monétaires surveillent attentivement sa variation en mettant fin au plus tôt à toute création monétaire intempestive.
M2 a tendance à baisser sur la longue période aux États-Unis,
Graphique 8 :
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Cette hypertrophie de la masse monétaire de la zone euro provient d’argent non gagné qui est massivement distribué (les engagements de retraite ne sont pas comptabilisés).
La création monétaire a généralement pour origine des règles comptables qui ne sont pas respectées ou qui ne prennent pas correctement en compte certains dysfonctionnements non ou mal identifiés.
Les dérives monétaires à l’origine de la bulle qui a éclaté en 2001 ont bien été identifiées par Alan Greenspan et toutes les autorités américaines ont ensuite collaboré pour y mettre fin.
Ainsi par exemple, depuis ce temps là, les écarts d’acquisition doivent être amortis en totalité dès leur découverte (et non plus sur une longue période), les stock-options doivent être enregistrées en charges, les produits et les charges doivent être enregistrés correctement dans les exercices qui leur correspondent de façon à ce que les comptes donnent une image fidèle de la réalité.
Après un passage difficile en 2002 et 2003, tout est reparti dans les normes par la suite, aux États-Unis du moins.
Les dysfonctionnements monétaires ne sont pas identifiés dans la zone euro par la BCE ni par d’autres autorités.
De toutes façons, certains gouvernements ne veulent pas y mettre fin car le rétablissement d’une situation normale serait politiquement difficile à appliquer (ainsi par exemple, la SNCF aurait dû être déclarée en faillite !).
L’augmentation des taux de la BCE s’impose, mais il faudrait d’abord et avant tout mettre fin aux causes des dérives monétaires en tenant correctement les comptes des entreprises et des administrations.
Le manque de culture économique monétariste dans la zone euro aura des conséquences fatales.
La Vieille Europe sera, comme le Japon, longuement handicapée par ses dérives monétaires.
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