BCE et monétarisme
Les dirigeants de la BCE ne maîtrisent manifestement pas la situation…
Ils ont constamment déclaré pendant des mois (jusqu’au 5 juin dernier) qu’il n’y avait aucun risque important d’inflation car les prix allaient baisser et qu’ils ne voulaient pas augmenter leur taux de base de façon à stimuler une croissance qui s’annonçait faible.
Revirement total le 6 juin : les dirigeants de la BCE ont commencé à déclarer que l’inflation (à 4 % !) était devenue le problème majeur et qu’ils allaient augmenter leur taux de base car la croissance resterait forte.
Le cours de l’euro a remonté et il est resté très élevé (par rapport au US$) car les investisseurs ont considéré que les déclarations de la BCE étaient fiables (!), et la BCE a augmenté son taux de 4 % à 4,25 % le 3 juillet.
Revirement total depuis le 7 août : ils déclarent à nouveau que l’inflation ne présente pas de risques importants et qu’ils envisagent de baisser leur taux pour stimuler la croissance qui s’annonce finalement très faible dans la zone euro, voire négative (en Italie).
Dans cette perspective, l’euro a plongé par rapport au US$.
La situation est maintenant ingérable dans la zone euro : la BCE devrait à la fois augmenter son taux de base (au moins à 4,5 %) pour lutter contre l’inflation et le baisser (à 2 ou 3 %) pour stimuler la croissance qui est quasiment à zéro (comme je l’ai écrit précédemment).
Les marchés ainsi ballottés, ont anticipé un relèvement des taux puis une baisse, dans les deux cas dans une perspective de stagflation,
Graphique :
Cliquer ici ou sur le graphique pour l’agrandir.
Cette situation est le résultat des erreurs d’analyse de la part des dirigeants de la BCE qui sont en fait sous l’influence dominante de la Banque de France.
Depuis toujours (c’est à dire depuis la fin de la Seconde guerre mondiale), les dirigeants de la BdF considèrent que ce sont eux qui doivent contrôler la variation de la masse des crédits accordés par les banques à leurs clients car il s’agit là d’après eux, d’une source possible de création monétaire.
C’est là une erreur monumentale !
Alan Greenspan aborde très bien ce problème dans son livre, Le temps des turbulences : tout dollar épargné a pour vocation à être investi, soit par son propriétaire, soit par une autre personne qui a alors une dette.
Dans ce processus, il n’y a pas de création monétaire, mais optimisation du placement des capitaux, les taux d’intérêt étant fixés par les marchés.
Une création monétaire a lieu quand les règles comptables sont mal appliquées ou lorsqu’elles ne permettent pas de donner une image fidèle de la réalité.
C’est la raison pour laquelle les dirigeants de la Fed surveillent très attentivement les dysfonctionnements comptables qui peuvent être à l’origine de création monétaire alors qu’ils ne cherchent jamais à faire varier la masse des crédits accordés par les banques.
Entre la BCE et la Fed, ce sont deux analyses de politique monétaire qui s’affrontent, deux cultures totalement différentes. On en voit les résultats…
Les gens de la Fed sont monétaristes, ceux de la BCE sont encore sous l’Ancien Régime où le gouverneur de la Banque Centrale donne ses instructions aux banques pour qu’elles accordent ou pas des crédits à leurs clients.
Un rappel : la création monétaire antérieure n’a pas été décelée par les dirigeants de la BCE. Elle provient de la mauvaise application de règles comptables dans la zone euro, en particulier de la non-comptabilisation des engagements de retraite.
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