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Greenspan, les gnomes et le libéralisme

Greenspan, les gnomes et le libéralisme


Alan Greenspan identifiait bien les causes des erreurs commises par les marchés (il en a fustigé leur exubérance irrationnelle) mais il attendait d’être en position de force (après le déclenchement d’une crise) pour imposer les mesures correctrices indispensables (il s’agissait généralement de faire adopter des règles comptables donnant une image fidèle de la réalité).


Ainsi par exemple, c’est seulement après l’éclatement de la bulle Internet qu’il a obligé les régulateurs comptables à imposer l’enregistrement des écarts d’acquisition dès leur constatation sans pouvoir les amortir sur 10 ou 20 ans comme c’était le cas auparavant.

En effet, jusqu’en 2000, beaucoup d’entreprises ont racheté à prix d’or des dot com dont la valeur s’est révélée nulle par la suite sans en subir les conséquences car les pertes étaient amorties sur une longue période, c’est à dire à un coût quasiment nul, ce qui a fait monter artificiellement et dangereusement les cours de certaines sociétés (ce fut alors la bulle Internet).


Il lui fut plus difficile d’imposer l’enregistrement des stocks options en tant que charges car toute la communauté financière était bien entendu opposée à cette mesure.


Alan Greenspan était très actif, très présent. Il agissait en véritable patron pour orchestrer les bonnes solutions afin d’établir les liens indispensables entre les différentes parties concernées : la Fed, le gouvernement, la SEC, les régulateurs comptables (chapeautés par la FAF, Financial Accounting Foundation) et les opérateurs des marchés.


Ben Bernanke n’est pas intervenu préventivement comme Alan Greenspan l’aurait fait pour dénoncer les dysfonctionnements qui apparaissaient sur les marchés et il est encore peu loquace à ce sujet actuellement, ce qui est admissible car ce n’est pas au président de la Fed de jouer le rôle de super gendarme économique et financier.


Alan Greenspan allait au-delà de ses attributions.


Le bombardier furtif B-2, Ben Bernanke, a parfaitement bien réussi dans la tâche qui est la sienne, à savoir la gestion de la masse monétaire de façon à maintenir l’argent sain, premier pilier des Reaganomics, condition nécessaire pour que la croissance soit à son potentiel optimal afin d’assurer le bien-être à long terme des Américains.


Les deux (gros) problèmes qui se posent actuellement ont été mal résolus par d’autres : le gouvernement, la SEC et les régulateurs comptables…


Les solutions sont finalement relativement simples mais comme le secteur financier est très complexe, il est difficile de les trouver par soi-même.

Pour s’en sortir, il suffit de faire comme les cancres : copier sur les meilleurs élèves de la classe économique et financière mondiale, à savoir les petits Suisses.


Les ventes à découvert dites à nu, sans couverture (naked, quand un investisseur vend un titre qu’il n’a même pas emprunté préalablement), sont interdites sur le marché SWX de Zurich.


Aux États-Unis, les dirigeants de la SEC font encore l’erreur monumentale de ne pas prendre une telle décision (ils l’ont limitée dans le temps et pour certaines valeurs seulement).


Par ailleurs, en Suisse, les établissements financiers ont l’obligation… morale ! de ne pas investir dans des produits financiers complexes (dits dérivés) dans l’immobilier car ils savent que, s’ils peuvent être rémunérateurs à court terme, ils présentent trop de dangers potentiels (certaines banques ont subi de lourdes pertes dans la crise immobilière des années 90, ce qui leur a servi de leçon).


Aux États-Unis, la possibilité de cession de paquets de dettes immobilières (émises au départ par la Fannie et le Mac) a eu de graves conséquences à partir du moment où leurs derniers possesseurs n’ont pas trouvé d’acquéreur : le marché est alors devenu illiquide pour reprendre l’expression utilisée trompeusement par les professionnels.


Cette interprétation n’est pas correcte car, si un produit n’a pas d’acheteur, sa valeur est nulle.


De tels produits, achetés et payés $10 milliards par exemple par des établissements financiers (banques et compagnies d’assurance) dans l’espoir de les revendre à un prix supérieur, ont souvent perdu toute valeur à partir d’un certain moment et d’un certain niveau de prix.


Ils auraient alors dû être enregistrés à leur juste valeur potentielle dès la constatation de l’absence d’acquéreur, à savoir : zéro.


Mieux : ils auraient dû être enregistrés à leur juste valeur potentielle, zéro, dès leur acquisition, mais dans de telles conditions, ce marché n’aurait pas pu exister (ce qui aurait été préférable !).


Le problème est qu’aux États-Unis et dans un certain nombre de pays, ces marchés se sont développés car beaucoup de gens (les dirigeants des établissements financiers et les traders) en tiraient des bénéfices considérables.


Il n’y a eu aucun frein, aucune limite si ce n’est le risque de faillite qui n’était pas pris en considération car les revenus encaissés par ces personnes étaient très importants (plusieurs millions de dollars parfois) ce qui leur permettait, fortune faite, de vivre confortablement pendant de longues années, même après la faillite de leur ancien employeur (ce qui montre une fois de plus que la liberté totale prônée par les libertariens est fondamentalement erronée).


Il est difficile d’imposer ailleurs qu’en Helvétie l’obligation morale de ne pas investir dans des produits financiers complexes (dits dérivés) de l’immobilier !


Le gouvernement américain aurait dû identifier ce risque et obliger les régulateurs comptables à prendre les mesures qui s’imposaient, à savoir l’enregistrement pour une valeur nulle de ces dérivés de dettes, condamnant ainsi ce type de produit et de marché (comme en Suisse).


Toute la communauté financière américaine se serait alors dressée contre de telles décisions.

Oui, mais c’est là que se trouve le cœur des enjeux du capitalisme libéral : l’État doit intervenir pour imposer les bonnes règles du jeu (en considération des intérêts de toutes les parties et surtout de la population en général), et non pas laisser faire les seuls joueurs selon les règles qu’ils veulent adopter en fonction de leurs seuls intérêts propres.


Le plan Paulson ne résout pas tous les problèmes posés.


Comme il est impossible de revenir en arrière, les dispositions de ce plan sont moins mauvaises que toutes les autres solutions concevables.

Elles entrent dans le cadre d’un capitalisme libéral bien compris : l’État ne peut qu’intervenir pour éviter la propagation trop dommageable de faillites de certains établissements financiers en reprenant temporairement certains actifs présentement sans acheteurs donc sans valeur.


L’engagement est considérable : $700 milliards qui s’ajoutent aux précédentes interventions, mais il ne s’agit pas de pertes définitives car ces actifs peuvent récupérer leur valeur initiale lorsque les marchés seront repartis dans leur cours normal.


Il s’agit de sortir du patrimoine de certains établissements financiers ces actifs pour en faire supporter les risques par l’État, c’est à dire par les contribuables des États-Unis qui eux seuls peuvent en supporter globalement la charge.


Cette solution est certes inacceptable pour les établissements financiers qui sont restés prudemment en dehors de ces investissements risqués comme Wells Fargo par exemple, mais elle est actuellement indispensable pour les Américains.


George W. Bush aura été incapable d’imposer une politique efficace comme Reagan a pu le faire en son temps.


McCain, très Reagannien, a déjà pris des positions énergiques et pertinentes sur ce problème comme pour d’autres.


Il a déclaré, s’il est élu, vouloir sanctionner les dirigeants de la SEC qui sont responsables d’une partie de ces problèmes.


Les gnomes de Zurich méritent bien leur réputation de meilleurs financiers du monde.


Cliquer ici pour lire le discours de John McCain sur les marchés financiers.

 

***

 

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J
Ben Bernanke fait bien son job c'est un fait. Maintenant si il tient des propos de ce genre, c'est qu'il se cache quelque chose derrière comme par exemple des considérations stratégiques ("je vais mal, tu vas mal, prends des mesures (fais des mauvais choix)..."). Je ne vois pas l'intérêt de se montrer défaitiste quand on a un rôle aussi important que le sien. Il dit ca à dessein.
Répondre
C
<br /> Idée intéressante...<br /> Pourquoi un plan de $700 milliards tout d'un coup ?<br /> B-2, Paulson, W. cachent qqch <br /> Le redressement peut être spectaculaire et inattendu !<br /> <br /> <br />
C
Même le bombardier furtif n'y croit plus !<br /> ;-)<br /> <br /> B2 ? B-2 plutôt.<br /> <br /> USA/croissance: Bernanke "très inquiet"<br /> Source : AFP<br /> 24/09/2008 | Mise à jour : 16:07 |<br /> .<br /> Le président de la banque centrale américaine Ben Bernanke s'est dit "très inquiet" des risques pesant sur la croissance et a jugé que le produit intérieur brut des Etats-Unis "devrait croître au deuxième trimestre à un rythme bien inférieur à son potentiel".
Répondre
M
Le rapport de la banque suisse sur ses pertes:<br /> http://www.ubs.com/1/ShowMedia/investors/shareholderreport?contentId=140333&name=080418ShareholderReport.pdf<br /> <br /> Visiblement c est UBS Investment Bank (en Suisse) qui est à l origine des deux tiers des pertes.
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Z
Cher Jean-Pierre Chevallier,<br /> Bravo pour cet excellent article, très pédagogique.<br /> Question bête<br /> Les prêts à taux variable ne devraient-ils pas être interdits ?<br /> (compte tenu des ravages engendrés ?)
Répondre
C
<br /> Les prêts à taux variables sont très utiles !<br /> ... surtout quand on anticipe la baisse des taux !<br /> Cela suppose un minimum de connaissances en la matière...<br /> <br /> <br />
M
Que faites vous des dizaines de milliards de $ perdus par UBS?
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C
<br /> <br /> Ces pertes ont été effectuées dans les agences UBS hors de Suisse :<br /> Les Américains qui travaillent chez UBS aux US travaillent en respectant les règles américaines et non pas celles qui sont en vigueur en Suisse<br /> J'ai écrit que ces principes de gestion prudentielle sont respectés en Helvétie<br /> ... il faut savoir lire...<br /> <br /> <br /> <br />