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Grave, très grave même !

Grave, très grave même !


La situation est devenue brusquement grave, très grave même…


Jusqu’à présent, tout allait bien, aux États-Unis du moins : l’argent est sain, la baisse des taux de la Fed faisait repartir la croissance vers son potentiel optimal avec une inflation acceptable compte tenu de la hausse des prix de l’énergie, la crise dite des sub-prime avait provoqué $500 milliards de pertes pour des banques qui avaient fait des bénéfices supérieurs à ce montant en 2006, ce qui n’avait rien de catastrophique.


Tout vient brusquement de se détraquer avec la chute d’un grand nombre d’établissements financiers dans le monde qui sont maintenant obligés de publier des pertes qui atteignent des chiffres qui étaient inimaginables quelques semaines auparavant.


Pour bien comprendre ce qui se passe, il faut revenir un peu en arrière…


En janvier de cette année, les branquignols de la Générale ont voulu doper les bénéfices en investissant une cinquantaine de milliards d’euros à découvert dans des produits dérivés (par l’intermédiaire d’un trader alors anonyme) car ils anticipaient une reprise de la croissance en particulier aux États-Unis.


Mauvaise spéculation : le point bas des marchés n’était pas atteint.


La Générale a donc été obligée de céder en catastrophe ces titres, ce qui a provoqué €6 milliards de pertes pour la banque et un petit trou d’air sur les bourses mondiales.


Ce qui s’est passé par la suite dans le monde est la transposition du plantage de la Générale (un grand nombre d’investisseurs ont fait la même analyse que moi) : la baisse des taux de la Fed le 18 mars correspondait à un point bas à partir duquel la croissance allait repartir aux États-Unis, ainsi que les bénéfices et les cours des actions, ce qui s’est effectivement passé.


Manque de chance, W. a décidé lors de son voyage en Israël à la mi-mai d’autoriser une intervention militaire en Iran, ce que certains investisseurs ont appris à partir du lundi 19 mai.
Les marchés ont alors réagi : les indices boursiers ont commencé à baisser comme en 2002-2003, ce qui était normal et il n’y avait là rien de dramatique.


Le problème est que, au fil des mois, les anticipations haussières portant sur les produits dérivés devenaient de moins en moins tenables car des échéances douloureuses arrivaient.


En effet, des produits financiers achetés pour des dizaines de milliards de US$ ou d’euros ne trouvaient plus preneur.


Comment comptabiliser de tels produits pour lesquels ne se présente plus aucun acheteur ?


Un produit dont personne ne veut ne vaut rien ! Sa valeur est nulle : zéro euro, zéro US$.


Le plantage de la Générale a fait mal, mais il était limité à cette seule banque.


Depuis ces derniers mois, le plantage est mondial : c’est la Générale multipliée par 1 000 ou 10 000 ou davantage !


Était-ce évitable ?


Oui ! Les gnomes de Zurich, qui sont très intelligents comme leur nom l’indique (il viendrait de gnosis, la connaissance) ont imposé les bonnes règles : les ventes à découvert sont interdites sur cette bourse.


Ces règles prudentielles élémentaires devraient s’imposer à toute autorité comptable et de bourse.



Malheureusement, toute la communauté financière internationale est contre car tout ce monde a intérêt à développer ces produits financiers qui permettent de gagner beaucoup d’argent quand tout va bien mais quand ça va mal, euh…


Normalement, il ne peut pas y avoir de plantage mondial car il existe toujours une contrepartie gagnante.


Oui, mais là, beaucoup de monde s’est fait piéger par cette décision imprévisible de W.


Euh… Henry Paulson a concocté un plan qui permet de s’en sortir : il s’agit de faire supporter par les contribuables américains ce méga plantage.


Oui, mais beaucoup d’Américains qui sont aussi des électeurs, ne sont pas d’accord avec ce plan.

Ils n’ont pas tout à fait tort et ils ont même tout à fait raison.


Par contre, si beaucoup d’établissements financiers tombent en faillite, les dommages risquent d’être considérables, en particulier pour les Américains.


C’est la raison pour laquelle le plan Paulson est peut-être la solution la moins mauvaise.


Il est impossible de revenir en arrière, mais il est possible, et même indispensable de progresser, mais dans le bon sens : en adoptant la solution des petits Suisses.


Malheureusement, toute la communauté financière mondiale est contre !


Pire, les autorités chargées de concevoir et de faire respecter les règles comptables (le FASB) et de faire fonctionner normalement la bourse (la SEC) viennent de décider que les règles antérieures (pourtant insuffisantes) concernant l’enregistrement de produits dérivés à leur juste valeur peuvent dorénavant ne plus être respectées !


Là, c’est grave, très grave même, car ces sommes considérables (qui ne circulent pas en général) forment une épée de Damoclès extraordinairement dangereuse qui menace la nécessaire confiance que l’on a en l’argent qui circule dans le monde.


La bonne solution serait un compromis : le plan Paulson pour assurer le fonctionnement normal de l’économie pendant les mois à venir et surtout, interdire les ventes à découvert selon les modalités appliquées à la bourse de Zurich et imposer la comptabilisation à la valeur du marché de tout produit financier.


Malheureusement, la SEC et le FASB ne veulent pas prendre ces décisions et personne ne semble en mesure de les imposer.

C’est grave, très grave même.


Ces problèmes ont été bien analysés, en particulier par les financiers helvètes et par certains Reaganomics qui ne sont pas assez puissants actuellement pour les faire adopter partout dans le monde.


Une fois de plus, il faut laisser faire les marchés… dans le cadre de règles pertinentes et il ne faut surtout pas plus d’État, c’est à dire surtout pas de régulation des marchés financiers par les hommes politiques qui sont les plus incompétents et les plus dangereux dans ce domaine comme dans d’autres.


Finalement, c’est simple, tout est simple…

***

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M. Chevallier,<br /> Que pensez vous du plan Sarko et notament du rachat par l'état de 30000 Logements, ne serait-il pas en plein delire au vu des caisses de l'état francais, je vais finir par croire que le dernier vrai economiste aux affaires dans ce pays fut Raymond Barre
Répondre
C
<br /> Oui ! Babar a été le dernier grand économiste libéral, et en tant que 1° ministre !<br /> Sarko et ses conseillers sont de + en + dans le délire...<br /> Et "ils" veulent financer ces dépenses supplémentaires par l'emprunt !<br /> <br /> <br />
S
bjr,<br /> <br /> malgré tt le bien que je pense de votre blog, je pense que vos analyses ne sont plus très claires. La guerre en Iran est certainement en préparation (elle l'est depuis 5 ans...) mais ce n'est pas ca qui fait chuter les marchés.<br /> Les banques n'ont pas anticipé le risque de la baisse du marché immobilier et tte la croissance des US est basé dessus (apport de crédit au ménages pour consommer). Ils spéculer, titriser à mort (CDO, CDS : 26 000 milliards émis sur la seule année 2006 !!!). Aujourd'hui, le système est à bout de souffle ! Pourquoi ? parce que les américains ne peuvent pas s'endetter plus (si avec paulson mais bon 700 milliards, c'est beaucoup ? et bien non : la dette totale au Etats Unis est de ??? : 51 000 milliards; env 670 000 par foyer ! sans progression du credit >>> deflation, recession, chomage... vous devriez consulter le site suivant : http://tropicalbear.over-blog.com/; vous y apprendriez bcp de choses.<br /> Vos analyses sont assez complémentaires...
Répondre
C
<br /> <br /> Les US sont tellement endettés qu'ils sont au bord du gouffre depuis 1956 d'après tous les journaleux et bonimenteurs qui ont toujours de + en + de succès depuis 50 ans !<br /> <br /> <br /> <br />
Z
Cher Jean-Pierre Chevallier,<br /> Votre exposé est brillant, mais j'ai du mal à partager votre avis pour ce qui concerne la dernière phrase...<br /> J'ai notamment du mal à comprendre comment les règles pertinentes que vous souhaitez vont s'imposer au niveau mondial sans les états.<br /> Qui impose ces règles ?<br /> Qui contrôle leur application ?<br /> Comment impose t-on partout les mêmes règles ?
Répondre
C
<br /> Attention, quand on dit que "l'Etat ne doit pas intervenir", ça signifie par exemple que ce n'est pas à Sarko de proposer un plan pour controler les banques et les marchés<br /> par contre, c'est à l"'Etat" de mettre en place des autorités indépendantes et compétentes pour gérer ces problèmes financiers<br /> <br /> Ce type de problème est a priori mal compris par les Français !<br /> Aux US, c'est + ou - bien résolu : la Fed est compétente dans son domaine, et indépendante<br /> idem pour la SEC et le FASB, mais les dirigeants de ces organismes ne sont pas compétents !<br /> <br /> McCain a dit que s'il était élu, il mettrait dehors le patron de la SEC : c'est très bien !<br /> W. a le grand tort de ne pas l'avoir fait et d'avoir laissé se dégrader la situation<br /> <br /> <br />
E
Bonjour,<br /> <br /> Vous parlez de vente à découvert sur action ou sur futures ?
Répondre
C
<br /> Je ne suis pas à moi tout seul la SEC, ni la COB réunies !<br /> Je reste volontairement dans un certain flou, et pour + de précisions, il faudrait aborder ces problèmes plus longuement avec des gnomes de Zurich qui les connaissent bien de l'intérieur !<br /> <br /> <br />
T
RE bonjour<br /> <br /> Je vais reposer la question que j'avais posée sous un autre article :<br /> <br /> Vous diagnostiquez les défaillances actuelles des banques comme étant causées par des spéculations hasardeuses sur les marchés d'actions (façon Kerviel) menées ce printemps et cet été, alors que l'ensemble des médias l'identifie comme étant une crise causée par des dépréciations d'actifs basés sur les subprimes au long des années précédentes.<br /> Pour nous convaincre que seule votre théorie est la bonne, il faudrait donner des faits précis qui soient compatibles avec elle et incompatibles avec la théorie des subprimes.<br /> Est-il possible d'identifier l'origine précises des dépréciations des banques, par exemple en retrouvant l'historiques des mouvements effectués sur les marchés dérivés cette année, en analysant des bilans comptables, etc. , qui corroboreraient votre hypothèse ?<br /> <br /> Dans le cadre de votre théorie, je ne comprends pas le plan Paulson, celui-ci a pour principe de reprendre dans une structure étatique les actifs subprimes. Si les dépréciations ont pour origine une dépréciation d'actif de marché dérivé d'action en quoi ce plan sauverait les banques qui garderaient leurs actifs pourris ?
Répondre
C
<br /> 1 / Les dépréciations issues des sub-prime ont été passées au fil des mois et elles sont quasiment terminées maintenant d'après toutes les informations concordantes publiées<br /> <br /> 2 / Par contre, ce qui se passe est nouveau mais ça couvait depuis qq temps : cf. mes billets sur les taux de l'Euribor qui étaient trop hauts<br /> En fait il s'agissait des échéances devenues intenables provenant de produits dérivés<br /> <br /> Il n'est pas possible de connaitre certaines informations bancaires qui restent internes, mais on en voit les effets sur les dépréciations publiées, les taux du monétaire, etc.<br /> <br /> 3 / Paulson connait très bien la situation des banques, de l'intérieur, et il sait très bien (comme tout le monde) que la plupart des produits dérivés qui ne trouvent pas preneur maintenant<br /> retrouveront des acheteurs à des prix acceptables dans qq mois,<br /> donc en attendant, il n'y a que son plan qui permet de passer ces qq mois qui seraient intenables pour la plupart des établissements financiers<br /> <br /> <br />