Simple et complexe
Pour comprendre ce qui s’est passé, ce qui se passe et ce qui va se passer sur les marchés, il est indispensable de bien analyser les principales causes et leurs effets.
C’est à la fois simple et complexe…
Le maintien des taux de la Fed à un niveau trop haut (5,25 %) trop longtemps a créé un collapsus pour faire baisser l’inflation, ce qui s’est effectivement produit avec un point bas le 18 mars 2008 et une inflation sous-jacente inférieure à 2,2 % en avril 2008, c’est à dire proche de la zone idéale (inférieure à 2 %).
La baisse des taux de la Fed à un niveau très bas (fin janvier 2008) a fait repartir la croissance pour qu’elle soit forte 6 mois plus tard, c’est à dire dès le mois d’août, sur d’excellents fondamentaux (l’argent est sain aux États-Unis, c’est le premier pilier des Reaganomics, les entreprises sont surcapitalisées et sous-endettées)…
… Mais les turbulences sont fortes sur toutes les bourses, surtout sur les valeurs financières car deux problèmes ont été mal résolus (sauf en Suisse).
D’abord (et en simplifiant), beaucoup d’établissements financiers ont gagné facilement beaucoup d’argent pendant des mois en acquérant des paquets de dettes hypothécaires classées en sub-prime puis en les revendant plus cher, les banques assurant ces transactions gagnant également beaucoup d’argent en commissions, jusqu’au jour où il n’y a plus eu d’acquéreur pour ce type de produit devenu trop cher.
Les pertes mondiales (issues de cette crise dite des sub-prime) se montent finalement à un peu plus de $500 milliards (le haut de la fourchette du montant généralement prévu en août 2007 que j’avais retenu) ce qui est énorme mais gérable dans la mesure où les bénéfices annuels dégagés par ces établissements étaient encore plus élevés (les autorités boursières auraient dû les obliger à se couvrir, ce qui aurait évité cette crise, à les enregistrer selon les règles et à communiquer correctement sur leur situation réelle).
Ensuite (et parallèlement), beaucoup d’établissements financiers ont cherché à gagner beaucoup d’argent (et à se rattraper) en continuant à investir dans des produits dits dérivés (en simplifiant, des ventes à découvert) en anticipant à juste titre (dès le 18 mars) une remontée des cours avec le retour de la croissance…
… Mais la décision de W. d’autoriser (lors de son séjour en Israël) une intervention militaire en Iran a provoqué un retournement compréhensible des marchés le lundi 19 mai, ce qui a accentué les difficultés d’un grand nombre d’établissements dont des géants comme Lehman Brothers, Merrill Lynch, Washington Mutual, AIG et d’autres (après Bear Stearns etc.).
Les petits Suisses ont plus ou moins discrètement rappelé que tous ces problèmes viennent du fait que les règles prudentielles indispensables (en vigueur à Zurich) ne sont pas respectées (ailleurs).
Tout ce qui s’est passé, ce qui se passe et ce qui va se passer sur les marchés est donc normal !
En effet, si les règles régissant les marchés ne sont pas respectées, les désordres prennent de plus en plus d’importance.
Les solutions sont simples : il suffit d’appliquer les règles en vigueur ! (comme le font les Helvètes).
Ainsi, les titre qui n’ont pas d’acheteurs doivent être comptabilisés à leur juste valeur du marché, c’est à dire zéro conformément aux IFRS (et aux règles du FASB).
Les ventes à découvert doivent être interdites (par les autorités gérant les bourses) selon les règles en vigueur à la bourse de Zurich.
Les dirigeants des établissements financiers qui ne rendent pas publiques leurs pertes doivent être poursuivis et condamnés conformément aux réglementations nationales.
Enfin, les métiers de banquiers et d’assureurs (qui sont fondamentalement différents) doivent être clairement et impérativement séparés comme c’est le cas dans certains États fédérés, ce qui aurait évité à AIG et à Fortis par exemple d’être proches de la faillite.
Tant que l’armée israélienne n’interviendra pas avec l’autorisation des Américains pour mettre hors d’état de nuire les installations nucléaires iraniennes et autres présentant des dangers vitaux, les capitaux resteront à l’écart des marchés actions et en particulier des valeurs financières qui sont les plus exposées.
Le plan Paulson et les décisions prises par les dirigeants européens sont sans effet car ils (elles) ne résolvent pas les causes des désordres.
Comme l’ont montré les variations des agrégats monétaires, les problèmes, qui étaient limités au secteur financier aux États-Unis se propagent très dangereusement à l’ensemble de l’économie depuis le 15 septembre.
Je maintiens et confirme mes analyses antérieures qui s’appuient sur l’observation de faits et sur les déclarations et les actes de personnes connaissant bien la situation des établissements financiers, à savoir les gnomes de Zurich qui sont toujours les plus performants.
Les lecteurs de mon blog ont pu constater que mes prédictions ont été réalisées, sauf pour ce qui concerne les conséquences de la décision de W. qui était imprévisible à ce moment là.
Je me suis fait piéger comme tous ceux qui n’étaient pas au parfum, mais j’ai compris ce qu’il en était (le 21 juin) à partir du moment où les rendements des Treasuries ont réagi anormalement, c’est à dire à partir du vendredi 13 juin.
Une remarque pour finir…
Quand j’écris dans un billet précédent : ce n’est pas une crise, mais une réaction très violente, que comprennent certains de mes lecteurs ?
Pour l’instant, la croissance est de l’ordre de 2 % (d’une année sur l’autre) aux États-Unis, ce qui est très loin d’être une crise !
Cependant, à partir d’une situation très forte, tout peut dégénérer très rapidement car le capitalisme libéral est fragile face à ses adversaires et il doit être vigoureusement et judicieusement défendu, ce qui n’est pas le cas en ce moment.
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