L’effondrement de l’Europe
L’effondrement de l’Europe (au moins depuis 2005) se voit clairement sur le graphique représentant l’évolution des rendements des bons à 10 ans des Trésors de l’Allemagne et des États-Unis…
Graphique 1 :
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… qui s’interprète de la façon suivante : les capitaux placés dans les bons du Trésor allemand (qui étaient considérés comme étant des valeurs sûres) ont quitté la zone euro à partir de 2005 au moins (leurs prix ont baissé et leurs rendements ont augmenté) pour s’investir dans des bons du Trésor des États-Unis dont les prix ont augmenté et les rendements ont baissé.
La tendance s’est accentuée après le 11 décembre 2007 (point noir) lorsque la Fed a baissé son taux de base à 4,25 % (ce qui signifiait qu’elle allait lutter efficacement contre le collapsus prévisible et l’hypertrophie de M3-M2) et surtout depuis la mi-novembre 2008 (point rouge) après le revirement d’Henry Paulson qui a déclaré qu’il n’y avait finalement aucune urgence à l’utilisation du plan de sauvetage de $700 milliards, et que la moitié suffirait, non pas pour racheter des actifs toxiques, mais pour investir dans le capital de banques viables à restructurer, ce qui signifiait que la situation était en voie d’assainissement.
L’écart entre les rendements des bons des trésors allemands et (moins) américains (en pourcentage par rapport aux rendements américains) était négatif avant la mi-décembre 2007, ce qui signifiait que les placements en bons allemands étaient alors considérés comme étant plus avantageux qu’en bons américains.
Cet écart, devenu positif après la mi-décembre 2007, s’accentue fortement depuis la mi-novembre 2008 (point rouge) et fluctue aux alentours de 30 %, ce qui signifie que les placements en bons américains sont d’autant plus avantageux qu’en bons allemands,
Graphique 2 :
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Les capitaux vont là où ils espèrent en retirer les bénéfices les plus élevés et (comme les éléphants en Thaïlande fuyaient sur les collines en sentant venir le tsunami que ne percevaient pas les hommes) ils quittent massivement l’Europe où se produira un tsunami pour se réfugier aux États-Unis où la croissance repartira sur des fondamentaux et de l’argent sains.
Ce tsunami européen se produira à cause de l’argent non gagné qui y est massivement répandu car les engagements de retraite ne sont pas provisionnés.
Le rapport de Michel Pébereau les évaluait à €4 500 milliards à la fin de 2004, soit 3 fois le PIB, en concordance avec les chiffres donnés par les économistes de Work For All et par ceux de la banque ABN Amro.
Par rapport aux États-Unis, la masse monétaire de la zone euro présente maintenant une hypertrophie de €3 000 milliards environ soit un tiers de M3.
Les pays du Club Med sont dans une situation pire que celle de l’Allemagne, ce qui se voit dans les écarts entre les rendements des bons de leurs Trésors par rapport à ceux de l’Allemagne, cf. mes billets précédents.
Les écarts se cumulant, l’écart augmente entre les rendements des bons à 10 ans des Trésors français et ceux des États-Unis,
Graphique 3 :
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En pourcentage, cet écart est maintenant de l’ordre de 50 % par rapport aux rendements américains,
Graphique 4 :
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Le décrochage des rendements des bons français s’accentue par rapport à ceux des bons allemands et américains,
Graphique 5 :
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Il en est de même pour les écarts en pourcentages de ces rendements par rapport à ceux des Américains,
Graphique 6 :
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Comme les taux d’intérêt vont augmenter aux États-Unis dans les mois à venir, ceux de la zone euro suivront la même tendance.
Les charges d’intérêts des emprunts publics seront alors insoutenables en France.
Par ailleurs, les banques françaises (comme les autres en Europe) ont obtenu la possibilité de ne pas enregistrer leurs pertes à leur juste valeur de marché (contrairement à ce qui existe aux États-Unis) et leurs dirigeants ont annoncé qu’ils utiliseraient ce dispositif dans les comptes 2008 qui cacheront donc très maladroitement des cadavres.
Avec un total des dettes de €1 760 milliards pour €40 milliards de capitaux propres (au 30 septembre 2008), la BNP et les autres grandes banques françaises font courir un risque systémique à la France, surtout quand des branquignols sont susceptibles d’engager une cinquantaine de milliards d’euros sans couverture et en toute impunité comme ce fut le cas à la Générale.
L’effondrement financier qui s’est produit après le 15 septembre 2008 montre que ce qui était inimaginable est devenu une réalité en quelques heures.
Les agences de notation n’ont pas noté ces risques correctement.
En France, Standard & Poor’s a même été jusqu’à certifier les comptes de la SNCF qui a supprimé une centaine de milliards d’euros de dettes pour les porter à la charge de l’État tout en ne les comptabilisant pas dans la dette publique que S&P note encore AAA !
L’argent n’est pas sain en France. Les déséquilibres fondamentaux sont colossaux.
Des capitaux ont déjà quitté les lieux avant un tsunami qui peut se produire à tout moment.
Une tendance lourde comme l’augmentation du déficit de la balance des transactions courantes pour les biens seuls depuis 10 ans ne peut pas se renverser du jour au lendemain, et surtout pas en augmentant les déficits publics,
Graphique 7 :
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J’avais bien identifié le décrochage de la France dès le 14 novembre 2007 (cliquer ici pour relire mon billet et cliquer ici pour celui du 28 novembre 2007 dans lesquels je m’inquiétais d’un écart de 2,75 % entre les bons français et allemands !) et j’ai eu raison.
J’ai bien peur d’avoir encore raison en prédisant un effondrement de l’Europe que d’autres ont déjà vu venir en faisant ces analyses avant moi, ce qui alimente la spéculation gagnante.
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