Capitaux propres, dettes et autorités
Un petit complément s’impose pour comprendre ces problèmes bancaires…
Quelques grandes banques des États-Unis ont reçu au cours de ces derniers mois des aides de l’État sous forme d’actions de préférence qui sont en fait des prêts (de l’État assortis d’intérêts) mais qui peuvent être transformées en actions ordinaires.
Le tableau complet que j’ai déjà reproduit précédemment montre clairement qu’en transformant ces actions de préférence en actions ordinaires, ces 5 banques respecteraient alors le ratio µ (qui doit être inférieur à 12,5 et qui est l'inverse du ratio Tier qui doit être supérieur à 8 %).
Tableau 1 :
| 2009Q1
| Bank of Am
| JPMorgan
| Citigroup
| Wells Fargo
| Goldman S
|
| Total dettes
| 2 082,4
| 1 909,0
| 1 678,6
| 1 178,8
| 820,2
|
| Capitaux pr
| 239,5
| 170,2
| 143,9
| 107,1
| 64,4
|
| µ publié
| 8,7
| 11,2
| 11,7
| 11,0
| 12,7
|
| actions préf
| 73,3
| 32,0
| 74,2
| 31,4
| 16,5
|
| total dettes r
| 2 155,7
| 1 941,0
| 1 752,8
| 1 210,2
| 836,7
|
| capitaux pr r
| 166,2
| 138,2
| 69,7
| 75,7
| 47,9
|
| µ réel
| 13,0
| 14,0
| 25,1
| 16,0
| 17,5
|
Le problème est alors (relativement) simple : Timothy Geithner (et ses collaborateurs) va imposer aux dirigeants de ces banques de respecter ces ratios en leur laissant la liberté de choisir la solution qu’ils préfèrent : ils peuvent augmenter leur capital en faisant appel au marché (ce qui est une solution dilutive et un peu risquée), diminuer leurs actifs (en cédant ceux qui ne sont pas stratégiques), ou laisser faire l’État qui deviendrait alors un actionnaire important.
Évidemment, une combinaison judicieuse des deux premières solutions est la meilleure, la troisième étant à éviter.
Timothy Geithner et son comparse, le bombardier furtif B-2, Ben Bernanke ne pouvaient pas imposer une telle solution plus tôt car la reprise ne s’était pas encore manifestée et les indices d’actions étaient trop bas.
À partir de maintenant, cette solution est envisageable.
Comme je l’ai écrit à maintes reprises, le système bancaire des États-Unis sera redevenu très performant après avoir subi une destruction créatrice historique orchestrée par B-2 & Co.
Les dirigeants des grandes banques cherchent à avoir le moins possible de capitaux propres car cela leur permet d’afficher des ratios de rentabilité des capitaux investis élevés.
Ainsi par exemple, les dirigeants de Deutsche Bank se vantent d’obtenir un ROE (Return On Equity, résultat net sur capitaux propres) de 25 % au 1° trimestre 2009, ce qui est a priori parfait, oui mais avec une sous-capitalisation considérable qui a le très gros inconvénient de fragiliser l’ensemble du système bancaire allemand, et européen car les dirigeants des autres banques font de même.
Tableau 2 :
| Deutsche Bk
| 2008Q1
| 2008Q2
| 2008Q3
| 2008Q4
| 2009Q1
|
| Total dettes
| 2 271
| 1 959
| 2 026
| 2 171
| 2 069
|
| Capitaux pr
| 34,0
| 31,9
| 34,8
| 30,7
| 33,7
|
| µ
| 66,8
| 61,4
| 58,2
| 70,7
| 61,4
|
Aux États-Unis, les autorités (le gouvernement et la Fed) n’hésitent pas à faire la guerre aux grandes banques qui ne doivent jamais devenir trop grosses et cette guerre a été menée de main de maîtres (avec Henry Paulson entre autres) contre des groupes de pression très puissants des milieux financiers qui en ressortent grands perdants.
En Europe, c’est le contraire : ce sont les dirigeants des grandes banques qui dictent leur loi à leur profit et qui empêchent la croissance d’atteindre son potentiel optimal, au détriment de la population.
Par ailleurs, je précise que le µ que je calcule a l’avantage de se baser sur les seuls véritables capitaux propres (le capital divisé en actions plus les bénéfices accumulés) et non pas sur les quasi capitaux propres tels qu’ils sont calculés par les banques européennes qui ont réussi à faire adopter des règles qui faussent l’évaluation du ratio Tier d’origine.
Cliquer ici pour lire un article du Wall Street Journal expliquant ces problèmes sous un angle un peu différent.
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