Bâle et culture économique
Pour comprendre les problèmes posés par les banques, il est nécessaire de rappeler quelques notions essentielles…
Les Américains (des Etats-Unis) et surtout les dirigeants des autorités (c'est-à-dire de l’Etat) ont pour la plupart, une excellente culture économique et financière : libérale et monétariste, celle des Reaganomics.
Pour eux, le problème essentiel est de trouver la ou les règles (du jeu) pour que les marchés puissent fonctionner à leur potentiel optimal.
Pour ce qui concerne les banques, la solution a été donnée dans les années 80 par les gens de la Fed et en particulier par Alan Greenspan : les capitaux propres des banques doivent représenter au moins 8 % du total de leurs dettes.
Si cette règle est respectée, les marchés sont alors autorégulés. En effet, dans ces conditions, les dirigeants des banques ne peuvent pas prendre de risques excessifs car ils dépendent du contrôle de leurs actionnaires qu’ils doivent attirer par une rentabilité et une sécurité respectant ces normes connues de tout le monde.
La seule connaissance de cette règle par la communauté financière américaine était suffisante et il n’a pas été jugé nécessaire de la transcrire en loi.
Sur l’initiative de ces Américains, cette règle a été adoptée plus ou moins clairement dans les années 80 par les autres banques centrales dans le cadre de la Banque des Règlements Internationaux (la BRI) siégeant à Bâle mais il ne s’agit pas d’une règle comptable impérative : c’est une règle prudentielle d’endettement des banques qu’il convient de respecter, une règle de bonne gestion comme les ratios que l’on applique ordinairement pour analyser les entreprises.
En Europe continentale, et en particulier en France, la culture bancaire était et est encore tout à fait différente : le pouvoir central (par l’intermédiaire de la Banque de France) a toujours voulu et veut encore contrôler l’évolution de la masse des crédits distribués par les banques pour réguler ainsi l’activité économique et contenir l’inflation.
Cette politique était possible quand les marchés des capitaux étaient peu ouverts, c'est-à-dire quand les prêts accordés par les banques françaises étaient couverts surtout par l’épargne dégagée en France.
Il n’en est plus de même depuis que les marchés des capitaux sont très largement ouverts (une partie de l’argent gagné et épargné par les Chinois finance une part non négligeable des emprunts des Américains !).
Les banques du monde entier se trouvent maintenant en concurrence et le problème qui se pose est le degré de confiance que le public peut en avoir (c’est-à-dire les clients, les investisseurs, les prêteurs, les emprunteurs et… les contribuables qui sont les prêteurs effectifs en dernier ressort), surtout après la faillite de grandes banques réputées comme Lehman Brothers.
La confiance que l’on peut avoir dans les banques a baissé, ce qui a conduit ce bon vieux Greenspan à augmenter ses exigences : les capitaux propres des banques doivent représenter maintenant au moins 10 % du total de leurs dettes, ou, autre formulation, le total de leurs dettes ne doit pas dépasser 10 fois le montant de leurs capitaux propres (c’est mon multiple µ, leverage en anglais).
Les big banks de la zone euro sont loin de respecter cette règle. Leurs dirigeants exercent donc leur influence (qui est très grande) sur les hommes politiques et sur l’opinion publique pour que cette règle prudentielle d’endettement dite de Bâle III ne soit pas appliquée, du moins pas tout de suite, en cherchant toutes les solutions possibles pour la contourner de façon à faire croire qu’ils la respectent.
Ainsi par exemple, ils prétendent que la qualité des actifs doit être prise en considération, ce qui leur permet de faire sortir du bilan des banques les montants des bons des Trésors euro-zonards qu’elles détiennent sous prétexte que ce sont des actifs sans risque !
Bien entendu, les autorités euro-zonardes sont d’accord avec cette interprétation, ce qui leur permet de placer automatiquement et à des conditions très avantageuses (c'est-à-dire avec des taux d’intérêt bas) les bons des Trésors qu’elles émettent.
Ainsi, toute la communauté financière euro-zonarde est de connivence pour détourner cette règle dite de Bâle III, ce qui est très dangereux car les 4 Gos banques françaises présentent un risque systémique certain.
Pour ma part, je me situe dans le cadre des analyses monétaristes telles qu’elles sont menées aux Etats-Unis, ce qui fait que je suis en phase avec les réactions des Américains mais en opposition avec les positions de la communauté financière française qui reconnait maladroitement ses erreurs en déplorant l’échec de la cotation des établissements financiers français aux Etats-Unis et de leurs tentatives d’implantation.
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Par ailleurs, il faut rappeler également que la communauté financière française fait une erreur monumentale supplémentaire en considérant que les crédits accordés par les banques correspondent à de la création monétaire et qu’ils sont de ce fait inflationnistes.
En effet, l’agent gagné et épargné par les uns est prêté par l’intermédiaire des banques aux emprunteurs. Il n’y a pas de création monétaire dans ce processus, mais déplacement d’argent qui circule donc, ce qui correspond à de la circulation monétaire parfaitement normale.
Le but des autorités monétaires et des banques est ainsi de faciliter cette circulation monétaire ce qui permet à la croissance du PIB d’atteindre son potentiel optimal comme l’a fort bien relevé Keynes.
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