Les meccanos de la Générale : 2010
Les banques sont des entreprises très particulières. Les premières, nées il y a 5 000 ans du côté de Babylone, ont permis à l’économie de décoller en facilitant les échanges, et il en est de même à notre époque.
Comme les entreprises ordinaires, les banques peuvent faire faillite, mais dans ce cas les conséquences peuvent être très graves car elles reçoivent les dépôts d’un grand nombre de particuliers et d’entreprises.
Quand de petites banques font faillite, les problèmes peuvent être réglés assez facilement par un organisme pouvant éponger les pertes éventuelles comme c’est le cas aux Etats-Unis (elles peuvent aussi être reprises par d’autres…).
Pour les big banks, les problèmes sont beaucoup plus graves car elles font courir ce qu’on appelle un risque systémique, ce qui signifie qu’un pays entier peut sombrer en quelques semaines dans le surendettement létal (c’est en gros ce qui s’est produit en Irlande).
La solution est simple. Elle a été donnée par les gens de la Fed et ce bon vieux Greenspan.
Elle consiste à imposer aux banques de respecter une règle prudentielle simple : le total des dettes d’une banque ne doit jamais dépasser 10 fois le montant de ses capitaux propres.
C’est le leverage en anglais, mon µ (pour multiple), le ratio Tier tel qu’il était défini à l’origine ou Bâle III.
Toutes les autres réglementations et tous les organismes de contrôle et de surveillance ne servent à rien, sinon qu’à augmenter les frais inutiles et à alourdir leur gestion.
Toute la communauté financière et bancaire des Etats-Unis connait cette règle et les dirigeants de toutes les big banks la respectent maintenant, ce qui est loin d’être le cas en Europe.
Les meccanos de la Générale viennent de publier leurs résultats pour le 4° trimestre 2010. Ils ne respectent pas cette règle comme le montrent les chiffres publiés (en milliards d’euros),
Tableau 1 :
| Société Générale | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 |
| Total des dettes | 1 071,8 | 1 091,9 | 981,5 | 1 085,7 |
| Capitaux propres | 27,2 | 38,1 | 42,2 | 46,4 |
| µ | 39,3 | 28,7 | 23,3 | 23,4 |
| Tier | 2,5 | 3,5 | 4,3 | 4,3 |
Il faudrait deux fois plus de capitaux propres pour respecter cette règle prudentielle.
Pire : les capitaux propres part du groupe (sans les minoritaires), incluent les instruments de capitaux propres et réserves liées qui sont des titres dits hybrides qui sont en réalité des obligations assorties d’intérêts et non pas de véritables capitaux propres.
Pour déterminer les véritables capitaux propres réels, il faut les retrancher du montant des capitaux propres publiés, ce qui donne les chiffres suivants,
Tableau 2 :
| Société Générale | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 |
| Total des dettes | 1 071,8 | 1 091,9 | 981,5 | 1 085,7 |
| Capitaux propres publiés | 27,2 | 38,1 | 42,2 | 46,4 |
| Instruments de capitaux propres... | 7,5 | 17,7 | 23,5 | 24,0 |
| Capitaux propres réels | 19,7 | 20,4 | 18,7 | 22,4 |
| µ réel | 54,3 | 53,6 | 52,6 | 48,5 |
| Tier réel | 1,8 | 1,9 | 1,9 | 2,1 |
La Générale est largement en dehors des normes (il faudrait augmenter les capitaux propres de 80 milliards pour les respecter). Elle fait courir un risque systémique aux Français qui sont les payeurs en dernier ressort.
Le très gros avantage de cette règle est qu’elle est très efficace : il est pratiquement impossible de la contourner et elle est facilement vérifiable à condition de bien décrypter le poste des capitaux propres qui ne doivent être de l’argent effectivement apporté par les actionnaires ou des bénéfices accumulés.
Quand une banque n’a pas un bon µ, ça signifie toujours qu’il y a quelque chose qui ne va pas quelque part. Les dirigeants des banques ont toujours la possibilité de cacher leur mauvaise gestion et leurs erreurs quelque part, mais du fait du principe de la comptabilité en partie double, il ne leur est pas possible d’échapper à cette règle prudentielle universelle et infaillible.
Cliquer ici pour accéder au rapport de gestion de la Générale pour 2010. Les informations concernant les instruments de capitaux propres et réserves liées se trouvent dans la Note 27 alinéa 2.
Cliquer ici pour lire mes articles antérieurs sur les meccanos de la Générale.
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