Masse monétaire libre
1° partie : Masse monétaire libre M3
La variation de la croissance du PIB réel est inversement proportionnelle à celle de la masse monétaire libre qui est la différence entre l’augmentation de la masse monétaire M3 en données courantes et (moins) le taux de croissance du PIB réel.
C’est la variation de cette masse monétaire libre qui est importante : quand elle augmente, la croissance du PIB diminue, et inversement.
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La masse monétaire libre est un concept dérivé du cash flow libre qui est le cash flow total diminué de la partie qui servira à financer le renouvellement des immobilisations (pour maintenir en état les capacités de production), le paiement des impôts et la distribution des dividendes. C’est ce cash flow libre qui est important pour une entreprise car son développement en dépend. Il varie beaucoup en fonction de la conjoncture et des décisions plus ou moins pertinentes de ses dirigeants.
M1 représente l’argent qui se trouve dans les portefeuilles et sur les comptes courants des consommateurs, M2-M1 leur épargne et M3-M2 l’ensemble des trésoreries des entreprises. Les variations de ces agrégats produisent celles de la masse monétaire libre.
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Ainsi, dans une situation normale, la croissance du PIB réel est de 3,5 % aux Etats-Unis et celle de la masse monétaire libre est aussi de 3,5 %.
L’augmentation de M3, de 7 % en données courantes, intègre l’inflation totale et un effet de richesse.
Quand la variation de la masse monétaire libre accélère (en dépassant de plus en plus 3,5 %), la croissance du PIB réel ralentit de plus en plus sous son potentiel optimal de 3,5 % et inversement : quand la variation de la masse monétaire libre diminue (en passant de plus en plus sous 3,5 %), la croissance du PIB réel augmente de plus en plus, au dessus de son potentiel optimal de 3,5 %.
Graphique 1 :
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Pour relancer la croissance du PIB (quand elle est inférieure à son potentiel optimal comme ce fut le cas en 2002-2003), la banque centrale doit baisser son taux de base pour faire diminuer la masse monétaire libre. En effet, dans ce cas, les consommateurs épargnent relativement moins (en dépensant et en investissant davantage, ce qui relance la demande), et les cash flows libres diminuent (les entreprises augmentent leurs investissements, ce qui relance la demande et l’offre).
Inversement, pour diminuer une croissance du PIB réel trop forte, supérieure à son potentiel optimal comme en 2006 et au 1° semestre 2007 (donc inflationniste et insoutenable à terme), la banque centrale doit relever son taux de base pour faire augmenter la masse monétaire libre grâce à l’augmentation de l'épargne (sur livrets, en M2-M1, les consommateurs anticipant le ralentissement économique augmentent alors leur épargne de précaution en consommant relativement moins et en investissant moins, ce qui diminue la demande), et grâce à l’augmentation de la trésorerie des entreprises (en M3-M2, en investissant moins, ce qui diminue l’offre et la demande, et en augmentant les bénéfices comme en 2006 et au 1° semestre 2007).
Les banques centrales font évoluer les marchés dans le sens voulu en augmentant ou en diminuant leur taux de base, ce qui fait varier la masse monétaire libre et la croissance du PIB réel pour qu’elle soit la plus proche possible de son potentiel optimal sans inflation.
L’idéal serait que la croissance du PIB réel soit stable à 3,5 %, sans fluctuations, mais une telle situation d’équilibre ne se produit jamais longtemps. Cependant, la Fed réussit au fil des années à diminuer l’amplitude des variations du PIB réel et de la masse monétaire libre qui ont été parfois importantes (elle a augmenté de plus de 10 % en 2001 et elle a diminué fin 2003 début 2004, ce qui correspondait à une relance très (trop) forte du PIB réel par la suite car l’inflation est repartie).
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Contrairement aux idées communément répandues, ce n’est donc pas en augmentant la masse monétaire libre qu’une banque centrale peut relancer l’activité économique, mais au contraire en la restreignant (en diminuant son taux de base) à condition qu’il n’y ait pas eu de dérapages monétaires auparavant (comme au Japon dans les années 80 et dans la zone euro maintenant).
Inversement une banque centrale ralentit la croissance du PIB en relevant ses taux de base, ce qui fait augmenter la masse monétaire libre.
C’est donc la variation de la masse monétaire libre (en hausse ou en baisse) qui est importante car la croissance du PIB réel y est inversement proportionnelle.
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Sur le long terme, l’augmentation de la masse monétaire libre est supérieure à la croissance du PIB réel d’un demi point au moins, ce qui est dû à un effet de richesse des consommateurs et des entreprises. En effet, quand la croissance du PIB réel augmente, leur richesse augmente, les consommateurs épargnent davantage et les bénéfices augmentent.
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La Fed ne publie plus depuis le 13 mars 2006 les chiffres de M3, ce qui empêche de bien analyser ces problèmes. Cependant, cette décision ne présente pas d’inconvénients majeurs car les variations de la masse monétaire libre M2-M1 sont significatives et l’évolution de la trésorerie des entreprises peut être connue par d’autres moyens fiables.
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2° partie : Masse monétaire libre M2-M1
La variation de la masse monétaire libre dépend en fait (surtout aux Etats-Unis) de celle d’un seul agrégat : M2-M1, c’est à dire de l’épargne des consommateurs qui doit baisser pour que la croissance du PIB réel augmente. En effet, en épargnant moins, les consommateurs dépensent davantage : la demande augmente et l’offre y répond (le PIB réel augmente).
Graphique 2 :
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Inversement, la Fed a ralenti la croissance du PIB réel en maintenant au 2° semestre 2006 et au 1° semestre 2007 son taux de base à 5,25 %, au dessus de sa neutralité de 4 %, ce qui a provoqué une augmentation de l’épargne des consommateurs (c’est à dire une augmentation de la masse monétaire libre M2-M1) par une augmentation relativement faible de la consommation. La Fed a cherché à ralentir la croissance du PIB réel car elle était supérieure à son potentiel optimal, ce qui n’est pas tenable à terme car cette situation était inflationniste
La situation financière et monétaire des Etats-Unis est globalement saine : les Américains ont provisionné en grande partie les charges de retraite prévisibles (dans des fonds de pension), le déficit de l’Etat est contenu dans les normes, les cash flows n’ont jamais été aussi élevés, l’endettement des entreprises est généralement faible.
La Fed a attendu que l’inflation sous jacente revienne dans la zone acceptable (l’augmentation du PCE:PILFE doit être inférieure à 2 %, fluctuant de préférence entre 1 et 1,5 %) grâce à la baisse de la croissance du PIB.
3° partie : Masse monétaire libre et béhaviorisme
Pour comprendre les relations entre la croissance du PIB et la masse monétaire libre, il faut bien comprendre à quoi correspondent en réalité, concrètement, les variations des agrégats monétaires.
Quand les consommateurs craignent que leur situation se dégrade dans un avenir proche, ils dépensent relativement moins et ils augmentent donc leur épargne (de précaution), ce qui signifie que M2-M1 augmente et que la croissance du PIB réel ralentit : épargne et croissance sont inversement proportionnelles.
Inversement, quand les consommateurs anticipent une amélioration de leur situation, ils dépensent davantage en diminuant leur épargne : M2-M1 diminue et la croissance du PIB réel augmente. Finalement, cette loi de la masse monétaire libre est simple !
Le plus important est la réaction des consommateurs, c’est à dire des individus. Elle est visible dans la variation des agrégats monétaires.
Le comportement des consommateurs est donc déterminant : il explique cette corrélation quasiment parfaite entre la masse monétaire libre M2-M1 en valeurs courantes (non déflatées) et la croissance du PIB réel sur les 50 dernières années aux Etats-Unis et partout ailleurs, dans la zone euro et en Thaïlande par exemple.
Les réactions des Américains sont très rapides et très élastiques. La Fed publie le jeudi soir les données de M1 et de M2 qui permettent de connaître avec 10 jours de retard seulement leur comportement. Ainsi, il est possible de connaître presque en direct l’orientation du PIB et d’anticiper correctement les variations des marchés avant les opérateurs qui ne connaissent pas cette loi de la masse monétaire libre… d’où son intérêt car la spéculation est alors gagnante !
La Fed a relevé trop tard et trop lentement son taux de base en 2004, ce qui a entraîné une croissance du PIB trop forte en 2005 et 2006, supérieure à son potentiel optimal, donc inflationniste. Pour faire tomber l’inflation sous jacente dans la zone idéale de 1 à 1,5 %, la Fed est obligée de créer une baisse de la croissance, et à la limite une récession. Cependant, comme l’économie américaine est très forte, la baisse est lente et faible, mais certaine. Comme les marchés actions ont mal anticipé ce ralentissement de la croissance, il y a un collapsus.
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Cette loi de la masse monétaire libre est vérifiée depuis plus de 50 ans aux Etats-Unis, mais un nouveau paradigme est en train de se mettre en place.
En effet, d’une part, le comportement des Américains évolue : leur niveau élevé de richesse leur permet maintenant de consommer et d’épargner.
D’autre part, le taux optimal de croissance du PIB sera à l’avenir inférieur à ce qu’il a été dans le passé car le taux de participation tend à baisser : les inactifs (les retraités) seront plus nombreux que dans le passé.
Ce nouveau paradigme commence à se manifester,
Graphique 3 :
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4° partie : Masse monétaire libre M3 dans la zone euro
Dans la zone euro, l’augmentation de la masse monétaire libre est trop forte. La croissance du PIB est donc inférieure à son potentiel optimal : l’augmentation de M3 qui était de 4,5 % en rythme annuel en mai 2004 est maintenant de 12 % !
Graphique 4 :
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A l’augmentation de la masse monétaire libre qui correspond à de l’argent sain (sound money), s’ajoute une création monétaire provenant d’argent non gagné (unearned money).
La condition nécessaire pour relancer la croissance du PIB réel était de mettre fin à la création monétaire en M1 qui a été beaucoup trop forte, surtout en France (et dans le Club Med). Pour cela, il aurait fallu restreindre la distribution massive d’aides dites sociales et des subventions, et obliger les entreprises et l’Etat à respecter les règles comptables qui donnent une image fidèle de la réalité en provisionnant les engagements de retraite dans des fonds de pension.
Masse monétaire libre M3 en Thaïlande,
Graphique 5 :
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Publié initialement le 11/01/2007, sur ce blog le 12/08/2007 et revu le 15/12/2007.
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