Le jeu perdants-perdants et les autres
Pour comprendre ce qui se passe sur les marchés, simplifions et considérons la scène avec deux joueurs seulement : supposons qu’il n’y ait que les branquignols de la Générale et les Pieds Nickelés de la BNP.
En janvier 2008, seuls les branquignols de la Générale ont osé engager €50 milliards à découvert en anticipant une reprise qui bien entendu n’a pas eu lieu.
Pour pouvoir payer les pertes créées par cette mauvaise anticipation, ils ont été obligés de vendre en catastrophe des actions que la Générale possédait en propre, ce qui y a créé un déficit de €6 milliards et accentué la baisse des indices boursiers dans le monde.
Une paille.
Après le 18 mars, tout le monde anticipe logiquement une forte reprise économique aux États-Unis et partout dans le monde.
Comme tout le monde, les branquignols de la Générale et les Pieds Nickelés de la BNP engagent beaucoup d’argent à découvert, disons pour simplifier chacun €100 milliards.
Par le jeu de produits financiers sophistiqués, les équilibres sont réalisés.
Pas de chance, les marchés se sont retournés à la baisse à partir du 19 mai, à cause de la décision de W… qui n’était anticipée par personne.
Le temps passe…
Comme tout le monde, les branquignols de la Générale et les Pieds Nickelés de la BNP pensent qu’il ne s’agit là que de fluctuations normales dans une tendance haussière.
Pas de chance, la chute des indices boursiers continue (W. n’a rien fait).
Finalement les branquignols de la Générale et les Pieds Nickelés de la BNP sont obligés de vendre en catastrophe à partir du 15 septembre pour faire face aux échéances.
Les cours plongent partout dans le monde, les comptes de la Générale et de la BNP aussi.
Tout le monde perd.
C’est un jeu de perdants sans gagnants dans le monde de la finance.
Certes, quelques investisseurs avisés et les patrons de la Générale et de la BNP ont gagné quelques millions au passage, ce qui est marginal (et moralement inacceptable) car les pertes générales se montent à des centaines de milliards.
Bon, alors, qu’est ce qu’on fait ?
Sur des ventes forcées, on ne peut rien faire, surtout sur de tels montants.
Il faut attendre que les branquignols de la Générale et les Pieds Nickelés de la BNP aient sorti tous les cadavres qui traînent dans leurs placards.
Ça arrivera bien un jour !
À ce moment là, tout repartira très fort, car en dehors des branquignols de la Générale et des Pieds Nickelés de la BNP, tout va bien, surtout aux États-Unis où l’argent est sain, les entreprises en superforme (en dehors des branquignols et des Pieds Nickelés locaux).
Des petits malins comme ceux de Wells Fargo par exemple vont récupérer ce qui est bien réel : la clientèle de branquignols et de Pieds Nickelés entre autres.
C’est la destruction créatrice de Schumpeter appliquée aux produits dérivés.
" Le rebond se produira bientôt ", telle est aussi l’opinion d’Alan Greenspan.
Tout ce désordre s’est produit à cause des autorités boursières (la SEC, etc.) qui n’ont pas imposé une règle du jeu qui était indispensable : elles auraient dû interdire les engagements à découvert (à nu) comme l’ont fait fort opportunément les gnomes de Zurich depuis un certain nombre d’années (ils ne sont pas nécessairement beaucoup plus intelligents que les autres, mais ils ont tiré les bonnes conclusions après avoir subi une grosse claque qui leur a laissé de mauvais souvenirs).
Les autorités des bourses d’Australie et de Corée ont déjà pris une mesure analogue qui devrait être généralisée et rester permanente.
Le collapsus boursier de cet automne n’a aucun rapport direct avec la crise dite des sub-prime qui provient du non-respect d’une règle comptable (les enregistrements des produits dérivés doivent être faits à leur juste valeur du marché).
La succession de ces deux évènements a accentué la confusion générale.
Une fois de plus : les autorités compétentes… ne le sont pas et c’est ce qui est le plus inquiétant, et les contribuables ne doivent surtout pas éponger les dettes de ces perdants !
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