M3, argent sain et argent non gagné
L’argent sain est le premier pilier des Reaganomics, et à la limite, le reste n’est que littérature.
Tous les bons business économistes américains le savent très bien, mais pour des raisons génétiques diront peut-être certains toubibs, les Français ne comprennent rien à ce concept pourtant simple.
Tout est simple, disait Milton Friedman…
L’argent est sain quand l’argent qui circule dans une nation est de l’argent gagné à la suite d’un processus disons normal, c’est à dire lorsque des clients ont acheté et payé des biens produits par d’autres, à des prix permettant de supporter tous les coûts, et en particulier de payer les salariés (ainsi que les compléments de salaires que sont les engagements de retraite) et de dégager des bénéfices correspondant à la réalité.
Le problème est que de l’argent non gagné peut s’immiscer dans ce circuit, ce qui provoque une bulle qui doit éclater le plus tôt possible sinon la situation devient vite irrattrapable.
Un petit rappel de ce qui s’est passé au cours de ces dernières décennies aux États-Unis permet peut-être de faire comprendre ces problèmes (à des Français incultes en la matière !)…
Les Américains (les ménages, dans la terminologie des planificateurs franchouillards) réagissent bien : en temps normal, leur épargne (M2-M1) fluctue entre 40 et 45 % du PIB et leurs disponibilités (M1) représentent 10 % du PIB depuis la fin des années 70 alors que ces ratios étaient tous deux à 30 % à la fin des années 50,
Graphique 1 :
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La trésorerie des entreprises américaines (des États-Unis !), correspondant globalement à M3-M2, était au plus mal à la fin des années 50 : quasiment à zéro, et elle a heureusement augmenté lentement mais irrégulièrement au fil des années pour culminer à plus de 25 % du PIB au début des années 2000,
Graphique 2 :
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En fait, M3-M2 a augmenté jusqu’à la fin des années 80 en atteignant 18 % du PIB pour chuter ensuite dans les 11 % du PIB seulement en 1994 (vraisemblablement à la suite de l’augmentation des dépenses militaires pour faire couler l’URSS qui n’a pas pu suivre),
Graphique 3 :
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L’URSS et son communisme étant enfin défaits, l’avenir s’annonçait radieux pour les entreprises américaines dont la trésorerie a augmenté très rapidement à partir de 1994 (Bill Clinton n’y a été pour rien, si ce n’est qu’il a eu l’intelligence de laisser faire ses conseillers économiques qui sont eux aussi des Reaganomics convaincus),
Graphique 4 :
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Ainsi, jusqu’en 1999, les entreprises américaines ont manqué de trésorerie et elles étaient donc dépendantes des taux d’intérêts qui dépendaient eux mêmes des taux de la Fed.
L’augmentation de M3-M2 (et donc de M3) était positive au cours de cette période car elle signifiait que les entreprises s’enrichissaient au point de bénéficier d’une trésorerie abondante, ce qui leur permettait de se désendetter et de se recapitaliser, donc de se renforcer sainement.
Cependant, l’augmentation de M3-M2 a été trop importante, surtout à partir de la fin de 1999.
Alan Greenspan avait alors bien identifié les causes de cette hypertrophie de M3-M2 en fustigeant l’exubérance irrationnelle des marchés, mais il a dû attendre que la bulle éclate pour être en position de force pour imposer les mesures qui empêchent leur réapparition.
Ainsi, l’augmentation de M3 peut être positive ou négative !
Elle est positive quand elle correspond à l’enrichissement des entreprises, c’est à dire quand l’argent est sain, sans création monétaire, ou négative quand il y a de l’argent non gagné en circulation (cette distinction est difficilement compréhensible pour des neurones franchouillards !).
Par ailleurs, la trésorerie des entreprise ne peut pas augmenter indéfiniment : à partir d’un certain niveau, elle est trop importante (la rentabilité des capitaux décroît alors).
Il existe donc une limite critique du ratio M3 sur PIB à 80 % qui a été atteinte fin 2002,
Graphique 5 :
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Par la suite, M3-M2 a augmenté trop rapidement, sur un rythme de 15 % à partir du 2° semestre 2005, grâce à l’augmentation normale des bénéfices, mais aussi à cause d’argent non gagné qui commençait à apparaître,
Graphique 6 :
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Les gens de la Fed ont alors bien identifié les causes d’une hypertrophie considérable de l’agrégat monétaire M3-M2 pouvant se produire très brusquement à l’avenir (le temps des turbulences), et ils ont décidé… de ne rien faire et d’attendre que la bulle éclate pour résoudre ce problème fondamental tout en essayant de le cacher en supprimant la principale source d’information : la publication des chiffres de M3 à partir de mars 2006, c’est à dire dès la prise de fonction (le 1° février) du bombardier furtif B-2, Ben Bernanke à la tête de la Fed.
Quelle est la cause de cette hypertrophie monétaire ?
Suite du feuilleton sur le prochain billet.
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