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Argent gagné, non gagné, bulles, crise et reprise

Argent gagné, non gagné, bulles, crise et reprise


Ce billet est la suite du précédent.


L’agrégat monétaire M3-M2 avait augmenté beaucoup trop rapidement aux États-Unis à partir de 2006 : vraisemblablement sur un rythme supérieur à 15 %, grâce à l’augmentation normale des bénéfices de la plupart des entreprises (c’était de l’argent gagné, sans création monétaire), mais aussi à cause d’argent non gagné qui commençait à prendre de l’importance, en particulier avec les bénéfices de certains organismes financiers (des banques et des compagnies d’assurance) qui investissaient imprudemment dans certains produits financiers à risques.


Les gens de la Fed ont alors bien identifié les causes de cette hypertrophie monétaire et ils ont décidé… de ne rien faire et d’attendre que ces bulles éclatent.


En effet, pour résoudre efficacement ces problèmes fondamentaux, il aurait fallu adopter des mesures draconiennes comme celles des gnomes de Zurich : interdire les engagements à découvert (à nu) et les investissements à risques anormaux (dans les sub-prime par exemple).


Compte tenu de l’importance, du fonctionnement et de l’influence du secteur financier américain, les autorités ne pouvaient pas prendre de telles mesures et elles ne pouvaient pas prendre le risque d’essuyer un tel échec qui les aurait discrédité.


Si Alan Greenspan avait été encore à la tête de la Fed, il aurait fustigé l’exubérance irrationnelle des marchés pour pouvoir dire ensuite : je vous l’avais bien dit, et il aurait alors pu imposer ses mesures comme il le fit après 2001.


Mais le problème actuellement est qu’il n’y a pas de solutions aux dysfonctionnements créés par le développement de certains produits financiers indispensables par ailleurs.


Que faire ?


La meilleure solution est finalement… de ne rien faire, c’est à dire d’attendre que les marchés infligent de bonnes claques aux investisseurs qui ne respectent pas les règles prudentielles qui s’imposent… d’elles mêmes.


Mieux, même : les autorités américaines ont accéléré les évolutions normales des marchés pour provoquer le plus rapidement possible l’éclatement des bulles car plus elles sont petites, moins elles font mal, et inversement, plus elles sont grosses, plus elles font mal.


C’est ainsi que le bombardier furtif B-2, Ben Bernanke, a maintenu le plus longtemps possible le taux de base de la Fed à un niveau trop haut de 5,25 % pour accélérer l’éclatement de la crise dite des sub-prime : cette bulle se montait finalement à un peu plus de $500 milliards, d’argent non gagné en fait.


Cependant, une autre bulle encore plus importante devait impérativement éclater au plus tôt : celle dite des produits dérivés (les CDS).


Les autorités américaines ont joué sur le panurgisme des marchés en les poussant à la faute : après la baisse des taux de la Fed le 18 mars, tout se présentait parfaitement bien et tout le monde (moi y compris !) anticipait logiquement et légitimement le retour d’une forte croissance (cf. mes billets) mais une information donnée aux marchés (l’accord d’une intervention militaire en Iran donné par W. à Ehud Olmert) a fait plonger les marchés actions dès le lundi 19 mai et les Treasuries dès le vendredi 13 juin (après l’accord de dirigeants européens).


De ces faits, tous les engagements qui n’étaient pas correctement couverts se sont révélés perdants, et cette bulle a éclaté brusquement à partir du 15 septembre.


Cette seconde claque est monumentale : a priori plus de $1 000 milliards, et surtout les dommages collatéraux sont beaucoup plus importants, immenses.


Les adversaires et concurrents des Américains (des États-Unis) en ressortent tous considérablement affaiblis, et pour longtemps, mais la résilience des États-Unis va faire repartir la croissance sur d’excellents fondamentaux, c’est à dire sur de l’argent sain, ce qui est le premier pilier des Reaganomics.


La crise actuelle est bien une crise mineure (mais quand même assez grosse !) d’adaptation au sens schumpétérien du terme : c’est le passage d’une période où les investisseurs institutionnels pouvaient investir facilement et impunément dans des produits dérivés sans prendre les couvertures nécessaires à une période où tout investissement risqué est à proscrire, sans qu’il soit nécessaire d’imposer de nouvelles règles.


Le marché est la seule et la meilleure sanction des erreurs, et les claques qui viennent d’être reçues sont mémorables !


C’est le retour vers un capitalisme libéral encore plus libre, et non pas le contraire comme tous les journaleux et bonimenteurs le répètent…


Tout est simple, disait Milton Friedman


La guerre monétariste est jolie.

***


Compléments…


En maintenant le plus longtemps possible le taux de base de la Fed à un niveau trop haut de 5,25 % (point jaune sur le graphique) le bombardier furtif B-2 Ben Bernanke a accéléré l’éclatement de la crise dite des sub-prime au début de l’année 2008,

Graphique :

 

Cliquer ici pour agrandir le graphique.


Après la baisse des taux de la Fed le 18 mars (points verts), tout se présentait parfaitement bien et tout le monde anticipait le retour d’une forte croissance, mais les Treasuries ont plongé dès le vendredi 13 juin (points rouges) pour dépasser leur plus bas historique du 13 juin 2003 (losange jaune) : 3,13 % pour les Notes à 10 ans et 1,10 % pour celles à 2 ans, les rendements des Bills étant à zéro, et ce n’est pas fini...

***


Les produits dérivés constituent une masse considérable (plusieurs centaines de milliers de milliards d’US$ ?), une sorte d’épée (ou d’enclume !) de Damoclès qui semble suspendue au dessus des marchés.


Cependant, si les engagements sont correctement couverts, l’équilibre est réalisé.


Ces sommes ne sont donc pas de l’argent en circulation.


Seuls, les pertes et les bénéfices finals (qui sont très limités par rapport aux engagements) donnent lieu à des transactions réelles.


C’est alors de l’argent gagné
, disons normalement compte tenu du travail et des risques engagés.


C’est la raison pour laquelle ils ne sont pas dangereux, et surtout, ils sont très utiles car ils permettent de réduire les incertitudes.


Seuls sont dangereux les engagements mal couverts, surtout quand ils sont effectués par des organismes financiers qui ne devraient pas s’y aventurer, comme les banques et les compagnies d’assurance qui jouent là avec de l’argent qui ne leur appartient pas : celui de leurs clients et des contribuables.


Les produits dérivés sont a priori la spécialité des seuls hedge funds, les autres organismes recevant l’argent du public ne doivent s’y aventurer qu’avec des couvertures maximales, en béton, avec un risque zéro, sinon, c’est la faillite, la destruction créatrice.


Les banques et les compagnies d’assurance françaises qui sont très exposées sur ces opérations (leurs dirigeants l’ont tous reconnu en annonçant qu’ils utiliseraient pour leur bilan de 2008 la possibilité de ne pas enregistrer certaines produits à leur juste valeur, mark-to-market) font courir un risque systémique inacceptable aux Français… qui ne réagissent pas !

***


Après 2001, Alan Greenspan a pu imposer quelques mesures salutaires…


Depuis 2002, les pertes survenues lors de l’acquisition d’une entreprise doivent être comptabilisées en totalité dès qu’elles sont constatées, ce qui calme les velléités de dirigeants imprudents car ils sont les premiers sanctionnés en cas d’erreur d’appréciation de leur part.

Auparavant, l’amortissement des écarts d’acquisition (les survaleurs) sur une longue période (20 ans) permettait à des entreprises d’acquérir impunément des dot com à des prix astronomiques (alors qu’il s’avérait assez rapidement qu’elles n’avaient aucune valeur) car le vingtième des pertes seulement était comptabilisé chaque année, ce qui a provoqué la bulle internet.


Les stocks options sont comptabilisés maintenant en charges car elles correspondent à… des charges pour les entreprises qui s’appauvrissent en les payant !


Enfin, les charges et les produits au voisinage du début et de la fin de chaque exercice doivent correspondre à la réalité (ce qui n’est toujours pas le cas à EDF par exemple).

***

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J
je viens de voir que vous tenez un blog en anglais : http://chevallier.over-blog.net/<br /> Bravo!
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T
Mea culpa, je voulais dire "l'improvision des solutions n'a pas trouvé de conclusions à ce jour". C'est plus français (au moins, si je ne connais rien en économie, vaut mieux savoir au minimum parler françois)?<br /> Toutefois, vu votre réponse vous aviez compris. Mais, si Alan Greenspann (AG pour les intimes)n'a rien a voir, pourquoi a-t-il fait sont Mea Culpa en publique (devant un commission du Congrès je crois) ? Masochisme ou fausse info ?
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C
<br /> AG sait répondre à l'attente de ses questionneurs : ils voulaient qu'il fasse une certaine forme de mea culpa<br /> <br /> <br />
T
A priori, s'il y a eu "conspiration" (de B.Bernanke)pour assainir le marché, comment se fait-il que :1/ lui aurait pu le faire et pas son prédécesseur, 2/ que l'improvisation des solutions n'a pas trouvé de solutions à ce jour ?
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C
<br /> comment se fait-il que :1/ lui aurait pu le faire et pas son prédécesseur ?<br /> Je crois avoir écrit que les 2 dernières bulles sont nées à partir de 2006, donc après le départ d'AG, qui en de telles circonstances aurait tenu un autre discours, mais suivi la même politique<br /> monétaire<br /> 2/ que l'improvisation des solutions n'a pas trouvé de solutions à ce jour ?<br /> Les solutions ne sont pas improvisées ! (c'est là l'interprétation des journaleux et bonimenteurs),<br /> une telle bulle ne peut pas éclater en quelques jours seulement<br /> <br /> <br />
Z
Cher Jean-Pierre Chevallier,<br /> Partagez-vous l'opinion suivante :<br /> "The corporate bond market is assuming an Armageddon Scenario. Barclays Capital writes that one would have to assume that US GDP will contract by 15% to make sense of the current bond spreads."
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C
<br /> Au printemps 2003, quand le S&P500 replongeait vers les 800, on m'a demandé mon avis sur un article paru dans une grande revue américaine spécialisée de réputation mondiale, prédisant une chute<br /> des bourses US en spirale,<br /> il se trouve que son auteur, par ailleurs prof dans l'une des + grandes universités US, m'a répondu, et je lui ai dit qu'il se trompait lourdement, et que le S&P allait rebondir<br /> considérablement dans les 6 mois à venir,<br /> 6 mois + tard , je l'ai recontacté,<br /> il ne m'a jamais répondu<br /> <br /> <br />
J
Aucun espoir... C'est certain, et pas qu'en économie. C'est le régne des cervelles siphonées et remplacées par de la bouillie bordelaise !<br /> <br /> Parait qu'un Conseil, mis en place par le ministère de l'économie et des finances, le Codice, Conseil pour la Diffusion de la culture économique, a un site web pour former les français à l'économie : Kezeco<br /> http://www.kezeco.fr/<br /> Une petite critique présentée ici http://obouba.over-blog.com/article-25746044.html
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C
<br /> Le site Kezéco a l'air particulièrement nul, évidemment !<br /> <br /> <br />