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Banques françaises, µ et recapitalisation

Banques françaises, µ et recapitalisation


D’après les normes (ou règles) de bonne gestion propres aux banques, le total des dettes ne doit pas dépasser maintenant 10 fois le montant des capitaux propres (d’après Alan Greenspan et la Fed) pour que la confiance indispensable continue à régner dans le secteur bancaire.


Ce multiplicateur d’endettement de banque que je désigne par la lettre µ (leverage en anglais) est largement au-dessus de ces normes pour les 3 grandes banques françaises (les chiffres de 2008 sont ceux de la fin du 2° trimestre, les seuls officiellement disponibles),

Tableau 1 :

BNP

 

 

2004

 

 

2005

 

 

2006

 

 

2007

 

 

2008T2

 

 

Total dettes

 

 

965

 

 

1 212

 

 

1 386

 

 

1 635

 

 

1 761

 

 

Capitaux propres

 

 

37,1

 

 

46,0

 

 

54,8

 

 

59,4

 

 

56,1

 

 

µ

 

 

26,0

 

 

26,3

 

 

25,3

 

 

27,5

 

 

31,4

 

 

 

 

 

 

 

 

Société Générale

 

 

2004

 

 

2005

 

 

2006

 

 

2007

 

 

2008T2

 

 

Total dettes

 

 

656

 

 

821

 

 

923

 

 

1 040

 

 

1 035

 

 

Capitaux propres

 

 

22,4

 

 

27,7

 

 

33,4

 

 

31,3

 

 

40,2

 

 

µ

 

 

29,3

 

 

29,6

 

 

27,6

 

 

33,2

 

 

25,7

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédit Agricole

 

 

2004

 

 

2005

 

 

2006

 

 

2007

 

 

2008T2

 

 

Total dettes

 

 

791

 

 

1 030

 

 

1 226

 

 

1 368

 

 

1 424

 

 

Capitaux propres

 

 

26,2

 

 

30,7

 

 

35,1

 

 

46,5

 

 

41,4

 

 

µ

 

 

30,2

 

 

33,6

 

 

34,9

 

 

29,4

 

 

34,4

 

 


Il faudrait injecter €284 milliards (en capitaux propres, et non pas en prêts !) pour que le µ de ces 3 banques commence à entrer dans les nouvelles normes (µ < 10) !


Les éléphants, c’est à dire les investisseurs avisés qui voient juste et loin (les bons spéculateurs) sont déjà sur les collines loin du tsunami possible : les cours de ces 3 banques ont plongé vertigineusement depuis le printemps 2007 en perdant plus de 80 % de leur valeur.


Ne restent que les veaux et les moutons de Panurge qui font confiance aux banques françaises.


Les marché, connaissant les règles de bonne gestion, ont réagi correctement, logiquement, rationnellement.


Comme ce sont les États qui sont en fait les prêteurs en dernier ressort, les rendements des bons des Trésors français et européens montent…

***


Mon µ est en fait l’inverse du ratio Tier 1 (comme l’explique très clairement ce document, cliquer ici pour lire).


La BRI (la Banque des Règlements Internationaux de Bâle) a défini des ratios critiques de capitalisation (ou d’endettement) que doivent respecter les banques des pays membres : le total de leurs dettes doit être inférieur à 12,5 fois le montant de leurs capitaux propres.


Cependant, les banques ont obtenu le droit de calculer ce ratio autrement (de façon à pouvoir en opacifier les méthodes de calcul) : c’est le ratio Tier 1 qui doit être supérieur à 8 %.


Normalement, ces deux ratios devraient être en concordance, or ils ne le sont pas car des banques profitent de l’opacité des méthodes de calcul du Tier 1 pour en falsifier les résultats à leur avantage.


Elles publient donc des ratios Tier 1 qui ne correspondent pas à la réalité pour tromper en particulier les investisseurs, ce qui constitue des délits très graves.


Pour obtenir un ratio Tier 1 de 8 % au 30 juin 2008, les capitaux propres de la BNP auraient dû être majorés de €84,8 milliards, ceux de la Société Générale de €42,6 milliards et de €72,5 milliards pour le Crédit Agricole, soit €200 milliards en tout !


Ce ratio Tier 1 ne sert à rien en fait car les règles sont contournées par un certain nombre de banques alors que le µ est incontournable (ou intruandable !).


Ainsi par exemple, d’après le document de l’OCDE (cf. mon billet précédent), le ratio Tier 1 d’UBS est dans les normes à 8,8 % alors que le µ est à 62,8 !


L’écart entre le µ et le ratio Tier 1 donne l’importance de la fraude réalisée par les banques. Elle est gigantesque au niveau européen.


Merci à l’honorable lecteur de mon blog (cf. les commentaires sur le billet précédent) qui a donné des indications importantes permettant de préciser ces points !


J’invite les lecteurs de mon blog à lire les commentaires (en particulier ceux qui sont signés Lupus) qui complètent très bien mes billets, sous une approche un peu différente.

***

 

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J
"Charles Gave, pour sa part, et à la surprise générale de ceux qui participaient à cette réunion, a mis en cause la déréglementation financière." vidéo à l'appui<br /> http://blog.turgot.org/index.php?post/2009/01/25/Alain-Madelin%2C-13-Janvier-2009-%3A-%22La-crise%2C-une-cr%C3%A9ation-du-march%C3%A9-politique%22
Répondre
L
bonjour,cet article qui nous vient d'outreatlantique, au coeur du sujet, un tant soit peu critique mais reste somme toutes tres modéré...<br /> -----------------------------<br /> L'équation délicate de BNP Paribas <br /> Date: 27/01/2009 Matthew Curtin, <br /> DOW JONES NEWSWIRES <br /> <br /> BNP Paribas a épargné à ses actionnaires une augmentation de capital douloureuse. <br /> <br /> Alors que l'action s'est effondrée de 60% en trois mois en raison de craintes de dilution, les investisseurs ont été suffisamment soulagés pour recouvrir d'un voile pudique l'aspect le plus inquiétant des derniers résultats de la banque, à savoir une perte plus importante que prévu de 1,4 milliard d'euros au quatrième trimestre. <br /> <br /> Mais ce problème ne va pas s'évaporer. <br /> <br /> Plutôt que d'émettre des actions ordinaires, BNP Paribas va émettre pour 5,5 milliards d'euros d'actions de préférence à l'intention de l'Etat français, dont une partie sera utilisée pour rembourser le prêt subordonné de 2,6 milliards d'euros consenti par l'Etat à la banque à la fin de l'an dernier. <br /> <br /> Cette émission va porter le ratio de fonds propres Tier 1 de la banque de 7,5% à 8%. Elle montre aussi que BNP Paribas s'est montré trop laxiste sur la qualité de ses fonds propres. <br /> <br /> Cela ne dissipe pas pour autant toutes les inquiétudes au sujet des capitaux propres de la banque. Dans l'hypothèse d'un ralentissement économique prononcé qui s'accompagnerait d'une forte hausse des provisions pour créances douteuses, aujourd'hui à des niveaux historiquement bas, la banque pourrait à nouveau avoir besoin de fonds propres supplémentaires capables d'absorber d'éventuelles pertes. <br /> <br /> Deutsche Bank estime ainsi que le niveau des créances douteuses des banques françaises pourrait doubler cette année, en raison de l'exposition de ces dernières aux entreprises. Or les ratios de capitalisation de BNP Paribas restent relativement faibles au regard de ceux de ses concurrents, comme Société Générale dont le ratio Tier 1 sera de 9% après injection de la seconde tranche de fonds propres par l'Etat français. <br /> <br /> Ce point a son importance car le business model de BNPP n'inspire plus le même degré de confiance que par le passé. La sagesse de la banque en termes de gestion des risques, tant vantée par le passé, n'a pas été au rendez-vous pendant la tourmente qui s'est abattue sur les marchés financiers en octobre et novembre. La division de banque d'investissement et de financement de Société Générale devrait être à l'équilibre au quatrième trimestre, tandis que celle de BNPP affichera une perte avant impôts de 2 milliards d'euros. <br /> <br /> BNPP s'est laissé distraire par son projet d'acquisition du belge Fortis, qui se heurte aujourd'hui à de nombreuses réticences dans le pays. Tandis que BNPP était occupé à consolider son empire en Europe, l'espagnol Santander a levé 7 milliards d'euros sur les marchés d'actions, et sa valeur boursière est aujourd'hui près du double de celle de BNPP. <br /> <br /> La banque française affirme qu'elle peut reconstituer ses fonds propres en 2009 en allouant une part plus importante de ses résultats à ses réserves et en consacrant moins de fonds propres à l'activité de banque d'investissement. La France et l'Italie, les deux principaux marchés du groupe, affichent un endettement des ménages assez faible, contrairement au Royaume-Uni et à l'Espagne. <br /> <br /> BNPP a également une exposition résiduelle limitée à des actifs toxiques américains adossés à des prêts hypothécaires. Avec une importante base de dépôts et une note de crédit AA+, la banque n'a pas de problème de financement à court terme. <br /> <br /> Par ailleurs, BNPP doit composer avec les revendications les plus populistes du gouvernement français qui exige pour prix de son soutien aux banques que celles-ci limitent leurs dividendes. Une telle exigence pourrait finalement être la bienvenue pour BNPP. Elle pourrait ainsi augmenter ses fonds propres d'un milliard d'euros en ramenant son taux de distribution de 40% à 7%. Mais les actionnaires risquent de ne pas y trouver leur compte<br /> --------------------------<br /> portez vous bien....
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D
Que dire de cela:<br /> http://www.lesechos.fr/info/finance/4821842.htm<br /> <br /> (venant d'un journal liberal, bien sur).<br /> Les chiffre semblent differents;quelle est la source des votres? des leurs? Je crois qu'il serait pertinent d'expliquer cela, afin d'epingler les boniments..
Répondre
L
quelques éléments pour comprendre la "manip" des banques européennes et qui viennent s'il le fallait confirmer la haute valeur ajoutée de vos propos...<br /> j'attire l'attention en particulier sur l'utilisation abusive par les banques des titres subordonnées pour renforcer "artificiellement" leurs capitaux propres...<br /> ------------------------<br /> 19/11/2008 <br /> Selon La Tribune, l'utilisation du Tier 1 comme outil de comparabilité entre banques souffre d'un discrédit fort. Et pour Georges Pauget, le président de la Fédération bancaire française (FBF), il est difficile de "comparer les ratios de solvabilité des banques européennes (?)" car, selon lui, les titres hybrides (obligation convertible, titres subordonnés à durée indéterminée, etc.), ne sont pas coiffés par la même réglementation européenne. "Le 1er octobre dernier, la Commission européenne a adopté un projet de directive d'adéquation des fonds propres (CRD), qui prévoit d'interdire aux banques des États membres d'intégrer plus de 50 % de capitaux hybrides dans les fonds propres durs" mais les disparités subsisteront, annonce la Tribune en soulignant également que le mode de calcul du Tier 1 peut, en outre, être calculé de manières différentes. <br /> <br /> -------------------------<br /> Pourquoi les banques préfèrent les titres subordonnés<br /> Ces titres « hybrides » permettent aux établissements de renforcer leurs fonds propres<br /> YANNICK ROUDAUT | JDF HEBDO | 01.11.2008 | Mise à jour : 23H04 <br /> Les banques européennes sont en mal de fonds propres. Contraintes de respecter la règle prudentielle qui veut que les fonds propres d'un établissement représentent au moins 8 % de l'ensemble de leurs engagements, les banques ont besoin d'argent frais à mesure que leurs fonds propres diminuent sous l'effet de la crise financière. <br /> Deux solutions sont alors possibles : lancer une augmentation de capital avec le risque d'échec lié à la conjoncture boursière actuelle, ou trouver une source de financement qui permette de renforcer leurs fonds propres sans émettre de nouvelles actions.<br /> <br /> Une vieille recette<br /> Fort de ce constat, le 20 octobre, l'Etat français a annoncé l'injection au capital de six banques de 10,5 milliards d'euros sous la forme de titres subordonnés à durée indéterminée, ou TSDI.<br /> Les titres subordonnés à durée indéterminée sont des produits financiers qui étaient un peu rangés au placard depuis quelques années. Ils étaient surtout utilisés pour les entreprises nationales dans les années 1990. Ces titres permettent de recapitaliser une entreprise, sans créer de nouvelles actions et sans alourdir pour autant le niveau d'endettement. Car, sur le plan comptable, les TSDI sont considérés comme des quasi-fonds propres.<br /> A mi-chemin entre les obligations et les actions, ils viennent renforcer le capital sans toucher au nombre d'actions. Alors que la création d'actions nouvelles fait courir aux actionnaires le risque d'une dilution, l'émission de TSDI permet de bénéficier de fonds, sans se soucier de dilution. Pourquoi ce privilège ?<br /> <br /> Des obligations quasi perpétuelles<br /> Les TSDI sont en fait des obligations quasi perpétuelles. La date de remboursement n'est pas définie. Elle est fixée au gré de l'émetteur. Une première échéance a été fixée à cinq ans, mais elle n'est pas gravée dans le marbre. En clair, cela veut dire que l'Etat apporte de l'argent aux banques sans leur mettre le couteau sous la gorge.<br /> Certains TSDI ne sont d'ailleurs jamais remboursés. Le paiement des intérêts peut être reporté si aucun dividende n'est alloué aux actionnaires. Autre avantage de cette formule pour les banques françaises, l'absence de droit de vote pour l'Etat.<br /> <br /> Pas de droit de vote pour l'Etat<br /> En optant pour l'émission de TSDI et non pour la prise de participation via la création d'actions nouvelles, l'Etat se prive de droit de vote et donc d'un droit de regard sur la gestion des banques bénéficiaires. <br /> L'Etat se prive aussi des éventuelles plus-values que les actions des banques pourraient délivrer au cours des prochaines années pour ceux qui entrent aujourd'hui à leur capital. <br /> L'émission de TSDI est donc avantageuse pour les banques et leurs actionnaires. Elle l'est sans doute moins pour les contribuables non actionnaires des banques...
Répondre
C
<br /> Les hommes politiques français (de droite et de gauche) critiquent "le privé" alors que ce sont eux qui truandent le + !<br /> En anglais, lemot passif nexiste pas : l'actif est financé par des capitaux propres et des dettes, c'est clair : c'est soit l'un, soit l'autre<br /> <br /> <br />
E
M. Chevallier, un petit billet pour nos amis belges svp, il me semble que celà est pire en ce qui concerne les banques belges.
Répondre
C
<br /> C'est pire avec Fortis en particulier ! mais l'affaire est en cours et elle est un peu compliquée avec des implications au Luxembourg et aux Pays Bas + en France<br /> <br /> <br />