Dette de la France : €1 055,9 milliards !
La dette de la France se montait à 1 055,9 milliards d’euros fin septembre dernier.
C’est l’addition de la dette nette de 192,4 milliards telle qu’elle apparaît dans la balance des paiements (rubrique 3,3) et des 70,6 % de la dette de l’Etat (1 223 milliards) détenus par les non-résidents, soit 863,4 milliards selon l’Agence France Trésor (en tenant compte des décimales).
Avant, c'est-à-dire avant l’adoption de l’euro, la situation nette de la maison France qui était publiée dans la balance des paiements par la Banque de France était proche de la réalité : elle était plus ou moins positive, c'est-à-dire que la France avait des réserves, notamment en devises convertibles.
Toute augmentation importante de la dette était alors sanctionnée par les marchés (le franc français baissait par rapport aux autres monnaies fortes, dont le deutschemark).
Avant encore, c'est-à-dire du temps du système de Bretton-Woods, tout le monde savait que le déficit de la balance commerciale tel qu’il était publié par la Banque de France annonçait irrémédiablement une dévaluation quelque temps plus tard, et en conséquence un serrage de la ceinture de la ménagère qui, bien informée, râlait d’avance.
A cette époque-là, les Français devaient épargner pour financer eux-mêmes leurs dettes publiques.
Les équilibres se rétablissaient assez rapidement car la peur d’accumuler des dettes et de devoir faire appel au FMI rendaient les gouvernements relativement sages dans leurs dépenses.
Maintenant, avec la mondialisation, c'est-à-dire avec l’ouverture des frontières et en particulier la libre circulation des capitaux et surtout avec l’euro-système, tout est devenu un peu moins simple…
En effet, du fait de l’intégration de la France dans l’euro-système, seule la balance des paiements de la zone euro s’impose dans le système des règlements internationaux.
Jusqu’à présent, les déficits de pays membres étaient compensés par les excédents d’autres pays membres. Tout allait bien tant que les déséquilibres étaient faibles, c'est-à-dire pendant les premières années de l’existence de l’euro (jusqu’en 2004).
Maintenant, rien ne va plus car les déficits atteignent des montants considérables : la dette nette de 192,4 milliards d’euros de la France est compensée par les excédents a priori de l’Allemagne (en particulier) et c’est pire dans les autres de ces cochons de pays du Club Med.
Par ailleurs, les rachats de bons du Trésor français par des capitaux étrangers, c'est-à-dire pour l’essentiel américains (des Etats-Unis), sont enregistrés en tant qu’investissements en portefeuille, donc en entrées de capitaux dans la balance des paiements, ce qui diminue d’autant la dette nette publiée par la Banque de France qui n’est donc pas la seule dette de la France à prendre en considération : il faut y adjoindre la dette de l’Etat détenue par les étrangers, soit 863,4 milliards d’euros.
Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, l’augmentation de la dette de l’Etat produit paradoxalement le rééquilibrage des comptes de la maison France (les Américains financent la dette des Français qui devraient se réjouir de ces bienfaits de la mondialisation libérale !).
Malheureusement, c’est une situation passagèrement favorable, indolore pour l’instant pour les Français mais très douloureuse à terme, quand les contribuables français devront payer des taux d’intérêts à 2 chiffres.
Tout était calme en apparence car les Allemands et les Américains payaient. Il n’en est plus de même depuis le 26 août dernier (point rouge) qui est le point bas historique des rendements des bons du Trésor français à 10 ans qui ont déjà commencé à remonter rapidement car les investisseurs se détournent de ce refuge qu’est l’obligataire public (ils ont compris que les bons du Trésor français ne sont pas les meilleurs placements du monde),
Graphique 1 :
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Le scénario catastrophe que j’ai décrit précédemment n’est plus une hypothèse d’école : c’est devenu une réalité depuis le 26 août dernier.
Les capitaux ont commencé à quitter les Treasuries depuis le 8 octobre dernier (point vert) malgré l’intervention prochaine de la Fed pour rejoindre la zone normale des 4 % proche des 5 %,
Graphique 2 :
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L’augmentation de la dette de la France s’explique par le déficit persistant de la balance commerciale : le taux de couverture, c'est-à-dire le ratio des exportations sur les importations en pourcentage, qui s’était amélioré depuis la fin des années 60 jusqu’au début de 1997 (d’après les données de l’Insee qui présente des séries longues) plonge depuis cette date, vertigineusement maintenant, après avoir franchi la ligne rouge du déficit début 2004, en toute impunité,
Graphique 3 :
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1 055,9 milliards d’euros de dettes pour un PIB annuel de 1 920 milliards ! C’est irrattrapable !
Un petit rappel du mécanisme en jeu : les capitaux internationaux (américains pour l’essentiel) ont commencé à sortir des bons du Trésor français (les prix des contrats baissent et les rendements montent), ces sorties de capitaux devront être compensées par des emprunts de la Banque de France (rubrique 3,3) pour équilibrer la balance des paiements, c'est-à-dire par une augmentation de la dette nette de la France.
Comment se fait-il que je sois le seul, à ma connaissance à décrypter ainsi ce scénario catastrophe ?
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