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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 17:00

Retraite par répartition et monétarisme


Un système national de retraite cohérent sur le plan économique doit fournir aux meilleures conditions des revenus aux personnes trop âgées pour pouvoir travailler.

Ces revenus ne peuvent provenir logiquement que d’un capital précédemment accumulé globalement au cours de la vie active, et ils ne peuvent être optimisés que dans le cadre d’un système de fonds de pension.


Ces problèmes sont résolus ordinairement en respectant de bonnes règles comptables (les IFRS entre autres) qui imposent d’enregistrer les engagements de retraite (lorsqu’ils existent) comme c’est le cas aux États-Unis et dans un certain nombre de pays mais un gros problème se pose en France du fait qu’il y subsiste un régime de retraite par répartition qui attribue des créances de retraite sans en enregistrer les provisions.


Dans une première période, pendant la deuxième moitié du XX° siècle, ces déséquilibres monétaires ont eu des conséquences qui n’étaient pas graves car les revenus distribués sans qu’un travail soit fourni en contrepartie (c’est à dire la masse des pensions de retraite) étaient peu importants par rapport au PIB du fait de la structure démographique de la France.


Les salaires versés ont été supérieurs à ce qu’ils auraient dû être (et aux gains de productivité), surtout à partir du début des années 70, ce qui a quand même provoqué une hypertrophie de la masse monétaire M2 qui a eu pour conséquence de faire baisser la croissance du PIB de 5 % dans les années 50 et 60 à 2,1 % par la suite (elle est inférieure à son potentiel optimal de 3,0 % depuis le début des années 70).


En effet, la croissance du PIB est inversement proportionnelle à celle de la masse monétaire M2 ou pour simplifier, car cette formulation n’est pas tout à fait juste : quand M2 augmente, la croissance du PIB baisse (la croissance résulte de la variation initiale de M2).


En France, depuis 2000, l’augmentation des revenus distribués sans qu’un travail soit fourni en contrepartie (la masse des pensions de retraite) devient de plus en plus importante par rapport au PIB : M3, le seul agrégat monétaire publié au niveau national par la Banque de France (les autres étant considérés comme des données confidentielles !) bondit à plus de 95 % du PIB maintenant alors que ce ratio fluctuait dans une bande de 65 à 70 % pendant 30 ans, depuis le début des années 70,

Graphique 1 :

(cliquer ici pour agrandir le graphique)


Comme la croissance du PIB est inversement proportionnelle à celle de la masse monétaire M2, cette croissance du PIB en France est faible depuis 2000 (le pouvoir d’achat n’augmente pas) et elle est inflationniste : c’est la stagflation durable à cause des déséquilibres monétaires fondamentaux, c’est à dire de l’excès de M2, de la création monétaire, de l’argent non gagné pour reprendre les termes utilisés par les monétaristes américains et les Reaganomics (unearned money).


Ces problèmes dont les bases sont monétaristes vont s’amplifier à l’avenir (et s’aggraver) car les revenus de pensions de retraite vont prendre de plus en plus d’importance, et ils sont durables car cet argent non gagné est dilué dans l’ensemble de la population en M1 (dans les portefeuilles et comptes courants), en M2-M1 (dans les comptes d’épargne) et ailleurs, dans le montant de certains actifs, en particulier dans les prix de l’immobilier.


Les dérapages monétaires ont donc des conséquences très graves, quasiment irrattrapables.

C’est la raison pour laquelle, pour les économistes américains qui ont presque tous une bonne culture monétariste (qu’ils soient Démocrates ou Républicains), le premier pilier de la réussite est d’avoir de l’argent sain (sound money), ce qui n’est pas le cas en France.


Contrairement à une opinion largement répandue en France, le problème le plus important n’est pas de savoir si les pensions de retraite seront payées à l’avenir, mais c’est celui de l’hypertrophie de la masse monétaire M2 créée par le paiement des pensions de retraite c’est à dire par la distribution massive de revenus sans qu’un travail soit fourni en contrepartie, ce qui provoque une baisse de la croissance du PIB et de l’inflation.


C’est la stagflation durable.


Existe-t-il une solution ?

La seule possible, la moins mauvaise, consisterait à restaurer au plus tôt une forte croissance du PIB en baissant le taux des prélèvements obligatoires pour les faire passer de 54 % du PIB (selon les normes de l’OCDE) comme c’est le cas actuellement, au minimum réaliste (l’optimum) du tiers du PIB.


Concrètement, pour la France, la seule solution serait donc de mettre en place au plus vite un système de fonds de pension comme en Irlande par exemple de façon à faire passer dans la sphère privée les prélèvements obligatoires actuels de retraite qui deviendraient alors des produits financiers attractifs car rémunérateurs (selon les modalités transitoires que je préconise).


Ensuite, les assurances santé doivent se substituer à l’actuelle Sécurité Sociale de façon à laisser de plus en plus de place au marché dont la main invisible guide au mieux l’action des hommes depuis un certain nombre de siècles...


Pour que la croissance puisse être supérieure à son potentiel optimal, il faut nécessairement rétablir les équilibres monétaires fondamentaux en baissant M3 par rapport au PIB, et donc baisser le taux des prélèvements obligatoires au tiers du PIB et… quitter l’Euro-système.


C’est seulement à ces conditions que la richesse de la France, c’est à dire des Français, pourra augmenter ainsi que les réserves de change qui épongeront alors les surplus monétaires, comme en Chine (et au Japon en partie).


Ces problèmes de retraite n’ont pas été détectés car ils n’ont pas été analysés dans une optique monétariste du fait qu’il n’y a pas d’économistes monétaristes en France contrairement à ce qui existe aux États-Unis.

Il est quand même étonnant de constater qu’en ce XXI° siècle, malgré la facilité des communications, aucun Français n’ait réagi précédemment en ce sens…

*

Remarques...


1. L’hypertrophie de la masse monétaire M2 se détectait facilement en tenant correctement les comptes des entreprises et des administrations, c’est à dire en respectant les bonnes règles comptables comme par exemple les IFRS.

Michel Pébereau évaluait les engagements de retraite à 3 fois le PIB fin 2004, chiffre confirmé par d’autres évaluations comme celles des économistes de Work For All et de la banque ABN Amro.

Ces informations sont donc connues depuis longtemps et les Français auraient dû réagir positivement…


Les agences de notation comme Standard & Poor’s n’ont pas osé réagir ni noter la dette souveraine française en tenant compte des engagements de retraite tout en certifiant l’existence d’une dette de retraite de plus de €100 milliards à la SNCF, son affectation dans la dette de l’État mais sans la comptabiliser !


Par ailleurs, il est très difficile d’obtenir les données nécessaires à l’établissement du graphique 1 car la Banque de France ne fournit que des données partielles et discontinues alors que notre ami Fred de Saint Louis met tout en ligne pour les États-Unis.


2. Seul le ratio M3 / PIB est significatif alors que l’inverse ne l’est pas (le ratio PIB / M3, la vitesse de circulation de la masse monétaire de la théorie quantitative de la monnaie d’Irving Fisher).

Plus la masse monétaire est faible par rapport au PIB, c’est à dire plus les gens gardent le moins possible d’argent disponible à très court terme (plus ils placent leur argent dans des valeurs mobilières directement ou par l’intermédiaire de fonds de pension) et immobilières, plus la croissance du PIB est élevée et proche de l’optimum.

À ce jeu, les Américains sont les champions avec M1 à moins de 10 % du PIB et M2 fluctuant dans une bande de 50 à 55 % du PIB contre 42 % pour M1 et 82 % pour M2 dans la zone euro.


La forte croissance du PIB des années 90 aux États-Unis correspondant à un niveau exceptionnellement bas de M2 par rapport au PIB est bien visible sur ce graphique,

Graphique 2 :

(cliquer ici pour agrandir le graphique)


Seuls les marchés financiers réagissent correctement pour l’instant.

La dévaluation du franc français par rapport au DeutscheMark s’est encore accentuée hier à 6,4 %…

Graphique 3 :

(cliquer ici pour agrandir le graphique)


et celle de la lire italienne dans les 13 %...

Graphique 4 :

(cliquer ici pour agrandir le graphique)


Silvio Berlusconi nouvellement réélu est pessimiste car il n’envisage pas semble-t-il, de prendre la seule décision qui le ferait entrer dans l’Histoire de l’Europe en sortant l’Italie de l’Euro-système, ce qui permettrait pourtant aux Italiens de bénéficier d’une augmentation de leur pouvoir d’achat avec une diminution du chômage, comme c’était le cas avant l’adoption de l’euro.


Comme précédemment, ces graphiques sont originaux, de ma composition, et il est interdit de les reproduire sans mon autorisation expresse, ainsi que mes analyses.
Seuls des gens comme Guy Millière   et sa bande des margoulins   ne respectent rien ni personne et encore moins les droits de propriété les plus élémentaires…

***

 

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commentaires

Gallaisgeade 19/04/2008 07:46

Les engagements de retraites, justement parce qu'ils ne sont pas enregistrées, correspondent à de la monnaie (des placements) dont les entreprises ne doivent pas disposer, monnaie qui n'a donc pas été émise. Vous faites, M. Chevallier, une inversion de raisonnement.

Eric 16/04/2008 12:40

Bonjour,

Les dettes des entreprises et des particuliers sont comptabilisés dans quel agrégats ? excusez cette question basique mais l'économie monétariste est un domaine nouveau me concernant.

A vous lire.

CHEVALLIER 17/04/2008 16:48




Le non enregistrement des engagements de retraites sont la principale cause du dérapage monétaire, de l'argent non gagné...
La politique monétaire de la BCE n'est pas trop laxiste, ce sont les politiques menées par certains gouvernements, en France en particulier, qui sont trop laxistes 

(les agrégats comptabilisent l'argent en circulation détenu par les entreprises et par les particuliers, cf mes explications antérieures...)




bruno 15/04/2008 20:34

Le graphique M3/PIB est assez impressionnant, avec cette explosion à partir de 2001-2002 !
Etonnant tout de même de voir que cela semble coïncider avec l'entrée dans l'euro... est-ce que les retraites - dont les problèmes remontent à bien avant 2001 - sont vraiment la seule cause ?
N'y a t-il pas eu une politique monétaire trop laxiste de la BCE jusqu'à récemment ?

czentovic sassy 15/04/2008 18:26

encore une bonne lecon! (administrée aussi a guy milliere)